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04/08/2021 : Leïla Martial au Crest Jazz

Le projet Baa Box est centré sur le travail de la voix, de l’épure, du retour à l’essentiel. Dépouillement n’est pas synonyme d’austérité, et les trois artistes nous entraînent dans un monde extravagant et foisonnant où le corps est le principal vecteur de l’expression artistique sonore : souffles, cordes vocales, percussions corporelles sont la matière première à partir de laquelle ils façonnent une polyphonie vocale époustouflante, uniquement soutenue par une guitare, quelques percussions et accessoires sonores que l’on ne trouve pas tous dans les magasins de musique.

Leïla Martial a trouvé son inspiration dans les chants pygmées faits de vocalises polyphoniques qui rythment leurs activités quotidiennes, chacune ayant son chant propre. Au-delà de ce lien au concret, la dimension spirituelle est omniprésente par l’invocation permanente de l’esprit bienveillant des anciens. L’artiste souligne le fait que les dégradations que nous faisons subir à notre planète sont une menace grandissante pour cette facette de la culture pygmée : quand les éléphants auront disparu, le chant de la chasse ne se justifiera plus et disparaîtra de la mémoire collective.

En compagnie du body-percussionniste Eric Perez et du guitariste Pierre Tereygeol, tous deux instrumentalistes talentueux et vocalistes hors catégorie, Leïla Martial prend à bras le corps cet héritage, dont elle est allée s’imprégner au cœur de la forêt tropicale. Nul besoin d’être un grand spécialiste de la voix pour apprécier le niveau de la performance vocale, tant du point de vue de la maîtrise technique que de celui des émotions. Les trois artistes dominent leur sujet ; la meilleure preuve est qu’ils réalisent avec humour les prouesses les plus ardues et audacieuses, comme celle d’inclure à touches répétées l’usage de petites bouteilles comme flûte de pan, le tout mené à un train d’enfer.

D’abord interloqué (et il y a de quoi), le public est vite captivé par ces histoires sans paroles et toute la force du trio est de savoir le faire pénétrer à l’intérieur de leur espace de création, qui ne peut s’apprécier que de l’intérieur. On en ressort estomaqué.

Ont collaboré à cette chronique :

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