(38) IsèreJazz à Vienne

05/07/19 – Tom Misch à Jazz à Vienne

Le choix facile de la programmation… Commencer la soirée spéciale Hip Hop (par nature, effrayante, pour l’auditeur de Radio France et le puriste féru de Jazz), en proposant un groupe jeune, beau, et flatteur, c’était pertinent.

Dès les premières notes,  on est séduit par la voix. La voix de Tom Misch est un instrument qu’il maîtrise tel un charmeur de serpents : elle est chaude, enveloppante, rassurante, bien posée. On se laisse volontiers bercer par ses fredonnements affables. Au-delà des mélodies et du côté « crooner », l’aspect des garçons est séduisant : très loin des codes immédiatement associés à l’idée qu’on se fait du Hip Hop (comprendre : chevalière / casquette / chaînes en or/ filles dénudées aux formes avantageuses , j’en passe et des meilleurs), Tom Misch et ses cinq acolytes incarnent le gendre idéal pour toute ménagère de moins de cinquante ans : chemisette bleue pour Tom Misch, avec bermuda (propre et bien ajusté), baskets de ville (pas trouées), coupe de cheveux d’enfant de chœur (celle qu’on abandonne généralement dans les années collège, juste avant sa virginité) : Tom Misch marque des points.

Une jeune femme est assise devant moi. Coupe afro, débardeur vert, short en jean. Nous l’appellerons Caroline.

Caroline est heureuse d’être là. Elle apprécie joyeusement, tape dans ses mains, le tout avec un large sourire et des paillettes dans les yeux. Caroline les trouve beaux, et elle aime bien ce qu’ils font. Peu farouche, elle se laisse séduire, et les six mille spectateurs du théâtre avec elle.

Entrée (très remarquée) du sax : Caroline redouble de frétillements. Elle tape sur ses cuisses au rythme des batteries. Le public l’accompagne en gesticulant sur les gradins brûlants.

Vient ensuite le quart d’heure américain, avec plan de feux « lucioles ». Caroline en profite pour boire une bière (Note: alerte canicule, pensez à bien vous hydrater). Je regarde la scène : Tom Misch a la même expression faciale qu’au début, slow ou pas. Caroline dodeline quand même de la tête, bon public. Au deuxième slow, elle renonce (Note: alerte canicule, évitez les efforts physiques): elle s’appuie au dossier de pierres chaudes et agite son éventail patiemment. Je jette un coup d’œil dans les gradins : des avions en papier tombent du ciel, lancés par un public d’enfants encore innocents, à qui le quart d’heure américain n’évoque pas  de souvenirs gênants de boums de cinquième…  Un avion survole le théâtre, silencieux. On n’entend que le clavier de Tom Misch, qui berce son public de tendres couplets. Je me dis que je m’ennuie un peu, mais que ce n’est pas déplaisant de s’ennuyer, quand il fait aussi chaud et que des avions passent. Je cherche des anagrammes du mot « avions ». Ovnis.. ? Savon.. ? Je finis par accepter l’évidence : je m’ennuie un peu trop.  Caroline sort son téléphone.

Deuxième intervention du saxophone : Caroline ne réagit pas au stimulus, elle continue d’écrire un SMS.  Chanson suivante : elle se lève pour aller (sans doute) aux commodités. Je regarde la scène : Tom Misch a la même et sempiternelle expression. Elle revient, badine avec son compagnon, qui prend le relais et file à son tour aux toilettes. J’ai presque envie d’aller faire un tour voir si l’ambiance est meilleure. Ma voisine baille (elle a un appareil dentaire). On assiste à un solo de violon impressionnant (digne de la scène culte de Full Metal Jacket, avec une Grosse Baleine armée d’un violon au lieu du fusil). Heureusement, Tom Misch nous offre une fin plus heureuse que Kubrick : Caroline se réveille et danse à nouveau sur l’avant dernière chanson. 

L’avantage de Tom Misch, c’est qu’il nous offre une musique agréable, plus proche de la variété accueillante que du Hip-Hop offensif. Caroline pense ça.

L’inconvénient de cette variété, c’est qu’elle n’est pas variée (toute ressemblance avec le terme « avariée » serait purement fortuite). Et ça c’est juste mon avis.

Ont collaboré à cette chronique :

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