(38) IsèreThéâtre de Vienne

12/10/2017 – Renaud Garcia Fons Trio à Vienne

Renaud Garcia Fons Trio « La vie devant soi »  à Vienne

La Vie devant Soi – Acte 4 – Scènes 1 à 12

Après le passage express aux Nuits de Fourvière (voir notre parution du 31 juillet dernier), le trio formé par Renaud Garcia Fons à la contrebasse, David Venitucci à l’accordéon et Stephan Caracci au vibraphone et à la batterie trouve au théâtre de Vienne une intimité plus propice à faire apprécier l’œuvre musicale et la maestria de la formation qui la sert.

La proximité et la sonorisation qui n’intervient qu’en soutien du son acoustique directement perceptible depuis toutes les places du théâtre permettent d’apprécier le jeu des musiciens dans toutes ses dimensions : vibration des instruments, déplacement des doigts sur les touches et les cordes, prouesses et subtilités techniques développées pour obtenir LE son et l’effet le plus approprié, trajectoires des balais, baguettes et archet, échanges de regards, concentration, mouvement des pieds pour marquer le tempo et les cadences sophistiquées qui se succèdent sans qu’on y prenne garde.

En guise d’ouverture, et avant d’entrer de plain-pied dans l’œuvre à proprement parler, l’introduction à la contrebasse solo nous met dans l’ambiance et nous prépare à déguster des mélodies délicates, des harmonies élégantes, parfois inattendues, des rythmes déroutants, des pratiques instrumentales qu’on ne trouve pas dans les manuels, de la rigueur et de la fantaisie, des influences cosmopolites. L’envie de fermer les yeux et laisser vagabonder son imagination portée par la musique le dispute au plaisir visuel de voir le trio œuvrer au service de sa musique.

Je prendrai le métro succède à Revoir Paris dans un tourbillon, Montmartre en courant dévale les volées de marches, on sentirait presque la main qui glisse sur les rampes, les notes claquent sèchement dans les pentes ou s’étirent sur les replats, les sons s’éclairent, s’étouffent pour mieux resurgir dans la lumière, les percussions voyagent, les baguettes laissent place aux mains, qui jouent des doigts, du plat ou du poing pour ponctuer les trépidations de la course.

Après la pluie véhicule une succession d’ambiances ambivalentes, navigant entre l’apaisement et les velléités qui suivent l’orage qui finit par baisser les bras et laisser les feuillages et autres parapluies finir de s’égoutter.

Après quelques tribulations primesautières dans les Rues vagabondes, une petite valse impromptue Si ça te dit, et une course très urbaine, rythmée et cosmopolite en compagnie de Monsieur Taxi, Le long de la Seine est un authentique moment de grâce à la mélancolie délectable porté par les accords épurés du vibraphone, nappe sur laquelle l’accordéon peut à loisir étendre ses vibratos et la contrebasse faire planer ses improvisations aériennes.

Enfin La vie devant soi, ses accents décalés et ses parfums épicés ouvre la voie au premier rappel, Kurdish Mood issu de l’album de contrebasse solo « The Marcevol Concert », entièrement exécuté à l’archet puis à un dernier hommage, à Georges Brassens cette fois, avec une version très personnelle de Je me suis fait tout petit, remaniée dans sa rythmique, sa mélodie et ses harmonies, sans jamais être trahie.

Momo, le héros de « La vie devant soi » de Romain Gary a beau dire « je ne tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie », la musique inspirée par ce roman est un de ces bonheurs qui, façonnés devant soi, donnent une saveur incomparable à la vie.

Ont collaboré à cette chronique :

Laisser un commentaire
X