(42) LoireRhinoJazz(s)

14/10/2017 : « We could be heroes » (opus 1) au RhinoJazz(s)

Création Rhino Jazz

Somptueuse soirée que ce premier concert de « We Could Be Heroes »,  consacré à la musique de David Bowie. La première partie était confiée au Possible(s) Quartet, la seconde à l’Imperial Quartet, ceci sans notion hiérarchique puisqu’il s’agit des deux ailes d’une même construction dont l’élément central est la musique de David Bowie. Pour qui n’a pas une connaissance approfondie de son œuvre, cette soirée vient confirmer l’intuition que l’on pourrait avoir de l’importance de cette musique.

Le talent des musiciens choisis, le cadrage temporel imposé, le temps de préparation suffisant qui leur a été imparti et la présence d’un directeur artistique*, Daniel Yvinec, connu et reconnu par les musiciens, ont grandement contribué à la réussite du projet.

Possible(s) Quartet

La première partie sera à l’image du travail du Possible(s) Quartet, une exploration magnifique de la musique de Bowie. Les musiciens pousseront très loin leur recherche, jusqu’aux limites du free jazz parfois. Le temps de réflexion et de préparation que les musiciens ont pris sous un regard critique et compétent, les aura amené à travailler considérablement sur l’inspiration, l’assemblage des parties, la longueur des morceaux pour un résultat final proche de la perfection. Il n’y a rien de trop et rien ne manque. Les parties, savantes et complexes s’agencent parfaitement et pourtant l’émotion affleure. Chacun des musiciens va alors donner le meilleur de lui-même, pour un concert qui restera pour nous mémorable. Le groupe n’a pas choisi la facilité, mais le résultat est là, la perfection ne masque pas la dimension poétique, elle la transcende, et l’ensemble de la performance ne laisse d’être émouvante. C’est une belle réussite pour ce quartet original à quatre instruments à vent et sans instrument rythmique, ce qui oblige l’un ou l’autre des trompettistes, le clarinettiste basse ou le saxophoniste ténor à remplir ce rôle, et ça aussi c’est original.

Impérial Quartet

La seconde partie sera très différente, confié au musicien de l’Imperial Quartet, l’approche est résolument sensitive, sensuel parfois, charnel en tout cas. Basé sur les sons des différents saxophones (basse, ténor, alto, soprano, sopranino et une clarinette contralto en lieu et place du baryton) et sur une section rythmique énergique capable quand il le faut de se faire très discrète. C’est un groupe ou les musiciens se connaissent sur le bout du doigt, jouent ensemble depuis longtemps et sont très à l’écoute les uns des autres. Au cœur du dispositif on trouve trois titres de Low, album de la trilogie berlinoise dont Speed of Life et Warsawa. Confronté à une musique très mélodique comme celle de Bowie les musiciens ont usé des moyens qui leur étaient donnés. Ici aussi rien de trop tout a été affiné, dégraissé au maximum pour produire une musique qui a quelques choses à voir avec la peau et le mouvement, une musique de chair et de sang, dense et profuse, non dénuée de profondeur et très vivante, à forte charge poétique.

 

 

* Le rôle du directeur artistique est un rôle de conseil, il exprime un ressenti, fait des propositions, dont les musiciens tiennent compte ou non, ce sont eux qui décident de la marche à suivre en dernier ressort.

Ont collaboré à cette chronique :

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