(69) RhôneAuditorium de Lyon

24/10/2017 – Dianne Reeves à l’Auditorium de Lyon

A l’origine d’une discographie riche depuis 1984 d’une vingtaine d’albums enregistrés sur les plus grand labels (notamment Blue Note) avec les plus grands producteurs et un grand nombre de « guest  stars » , c’est pourtant sur scène que Dianne Reeves donne régulièrement le meilleur  d’elle-même comme en témoigne d’ailleurs ses enregistrements live comme   « New Morning » enregistré  en 1997  ou très récemment  « Light up the night- Live in Marciac 2016 » qui vient de sortir chez Concord Records. Parlant de ses concerts elle n’hésite pas à déclarer « je ne pense pas qu’il y ait un autre endroit où je sois aussi libre ; tout ce que je ressens tout ce que je veux dire je le fais sur scène » . C’est toujours dans cet état d’esprit qu’elle s’est  lancée dans une grande tournée mondiale 2017 qui faisait halte à l’Auditorium et pour laquelle elle est accompagnée de son  fidèle quartet qui comptabilise pas mal d’années à ses côtés et se compose du  pianiste Peter Martin, du  guitariste brésilien Romero Lubambo  soutenu par une paire rythmique venue tout droit du Jazz at Lincoln Center avec Reginal Veal à la basse et Terreon Gully à la batterie .

Le quartet ouvre seul la soirée pour une dizaine de minutes avec un « smooth jazz » bien charpenté qui met totalement en avant la virtuosité et la cohésion des quatre musiciens avant que Dianne Reeves pénètre presque sereinement et totalement souriante sur la grande scène de l’Auditorium. Elle ouvre le concert avec Dreams une composition de la chanteuse Stevie Nicks du groupe Fleetwood Mac ; Dianne Reeves l’avait reprise avec la complicité de Robert Glasper sur son album Beautiful Life. Ce registre de chanson proche du style de Joni Mitchell convient parfaitement à sa voix et à son phrasé impeccable. En plaçant en deuxième morceau la composition instrumentale de Pat Metheny, Minuano (Six Eight),  joué pratiquement dans tous les concerts du guitariste depuis 1987,  Dianne Reeves réussit une performance totalement époustouflante reposant essentiellement sur un large éventail de vocalises et de scat juste appuyé ce qu’il faut par la guitare de Romero Lubambo. Le public de l’auditorium salue fort la performance et est déjà conquis. En hommage à la pianiste Geri Allen et sur un mode plus tempéré avec le seul soutien de son pianiste Peter Martin, la chanteuse aborde ensuite le standard You go to my head  en s’impliquant tout autant qu’une Billie Holiday et un Chet Baker réunis. Place encore à une chanson éternelle avec la reprise de Suzanne (Leonard Cohen) ou d’abord très respectueuse elle monte ensuite en tension portée par la puissance de son quartet solidaire et enveloppant. De scats épicés et chaloupés en rythmes très « world music » baladeuse, ou elle invite les spectateurs à se joindre à la fête en la suivant dans ses improvisations aussi passionnées que passionnantes, l’ambiance monte encore et finit par déboucher sur des iles paradisiaques d’où  émerge le thème reggae de Bob Marley  Waitin in vain qui conduit tout droit,  vers ce qui est toujours un temps fort des  concerts de Dianne Reeves, sa présentation chantée de chacun de ses musiciens selon un rituel à la fois immuable mais jamais pareil cependant : « I want to introduce my band … do you like my band ?… «  Au point qu’on imagine aisément les musiciens eux même surpris par ce qu’ils vont entendre ce soir.

 Pour le rappel,  Dianne Reeves aura le plaisir d’être ré-accueilli sur scène par un public qui lui chante « Happy Birthday ». Même si la date exacte de son anniversaire était la veille, très émue, elle n’en tiendra pas rigueur se lançant pour le final dans un grand moment de communion avec le public qu’elle invite à allumer lampe et téléphone portable donnant elle-même le ton en allumant une petite lampe torche pour partager à travers la lumière  un message de paix, d’espoir et d’amour de la salle vers la scène et réciproquement …« put the light in your eyes…in my eyes… « 

Ce soir, sans hésitation, c’était une grande dame du jazz au meilleur de sa forme et de son inspiration pour qui le terme de diva convient parfaitement.

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