(69) RhôneAmphiOpéra

09/11/2017 – Résidence Minino Garay à l’AmphiOpéra

« Chimichurri » est donc le premier concert de la résidence du percussionniste Minino Garay à l’AmphiOpéra en ce frisquet mois de novembre. C’est aussi le nom de l’album sorti l’an passé. C’est le duo avec son vieux complice, le pianiste Baptiste Trotignon.

Les photophores ont délaissé les tables de l’amphi, mais la flamme du jazz va éclairer une nouvelle saison dans les sous-sols de l’Opéra de Lyon. Un directeur s’en est allé , un autre a pris sa place. Bienvenue au club des retraités, François Postaire ! Bon vent, Olivier Conan ! Rideau noir, moquette noire, éclairage discret, un tom basse, une cymbale, un tambourin, un cajon, quelques petites percussions font face à un majestueux Steinway. Le bruit des portes métalliques retentit. Les lumières s’éteignent. Deux projecteurs bleus et quelques douches blanches délimitent l’espace dans lequel pénètrent Minino Garay, mocassins rouges, pantalon noir, chemise blanche et chapeau noir et Baptiste Trotignon, en chaussettes, pantalon noir, chemise noire et blanche à motifs géométriques.

Quelques percussions corporelles de l’homme au chapeau, vite suivies par la main gauche du pianiste sur le clavier, quelques vocalises, les percussions et tout le piano communient en réunissant deux thèmes du pianiste : Répétition et Awake. La complicité est instantanée, les mains et les pieds rivalisent d’efficacité, un discret signe de tête et on passe la surmultipliée avant de calmer le jeu pour conclure en tempête. Baptiste présente Minino « victime du décalage horaire » avec sa terre natale, l’Argentine. Carlos Gardel est d’ailleurs mis à l’honneur avec Sus ojos se cerraron revisité par les deux compères. Facétieusement présenté comme une composition originale, Maria ouvre un pot-pourri joliment agencé de « West Side Story » dont on reconnaît I feel pretty, Somewhere, Tonight ou America de Sondheim & Bernstein. L’interprétation de La chanson d’Hélène de Philippe Sarde permet à Baptiste Trotignon de déployer son art tout en offrant à Minino Garay l’opportunité de poser sa voix grave dans les pas de celle de l’originel Michel Piccoli.

Seul au piano, Baptiste Trotignon se ballade en douceur dans These foolish things. Minino Garay revient, un triangle à la main, évoquant avec malice son usage dans les orchestres classiques puis entreprend de le réhabiliter, debout sur une planche en bois… noire. Accompagné de son triangle et du piano sautillant de son complice, il nous offre un  vivace jeu de  tape-semelles entre claquettes et frappes flamenca pour La cambiada. Paul McCartney est cité avec le méconnu Jenny Wren, maracas et fagots accompagnant le piano. Le bien nommé Vamos de Trotignon conclut le set, emportant le public dans un rythme entêtant. On a pu voir un photographe délaisser son viseur pour taper du pied et dodeliner du chef…

Au milieu des remerciements, Minino Garay salue la présence de deux de ses compagnons du lendemain, Malcom Braff et Manu Codjia avant de nous gratifier d’un rappel en forme de tango, chaloupé à souhait, chantant quelques couplets de Volver de Gardel. Les deux musiciens dédicacent quelque « Chimichurri ». Cette première soirée lyonnaise du percussionniste argentin et du pianiste nous a donné de bien beaux échanges, de bien agréables partages au service de musiques à la fois diverses et variées, propices à l’évasion, à l’émotion. Quatre mains, quatre pieds, deux voix ont suffi à toucher les spectateurs (qu’on eut souhaité plus nombreux, tant pis pour les absents !). « A demain… » nous suggère l’Argentin !

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