(73) SavoieJazz Club de Savoie

17/11/2017-Gaby Schenke European Trio + Béatrice Kahl

 Une soirée, deux sets et en fait deux concerts, le SAV de Jazz Rhône Alpes.com assure, même un peu loin de sa base.

Comment ne pas profiter de l’un de ces trop rares concerts de l’European Trio de Gaby Schenke car pour être plus précis ce sont en fait deux trios que Gaby présente au gré des disponibilités de ses compagnons de route et c’est la bassiste qui décide de la tendance du soir suivant qu’il joue de la contrebasse ou de la jazz bass.

Pour ce soir, l’électricité est annoncée puisque Shami Monany est pressenti, Andy Barron en gentleman drummer est lui de tous les coups. Gaby est seule sur la scène du club, lance une ritournelle, comme une marche en guise de riff, le ténor est en chauffe ; ils arrivent Andy caisse claire presque militaire, Shami envoie lui des “grosses notes” qui planent : For Pat comme un “music trip” en hommage à Metheny donne le ton, l’arrangement est autre. Lorsqu’elle pilote son trio, Gaby joue ses compositions mais les revisite pour chaque concert, il n’y a jamais redite. Et comme ses trios sont ceux des échanges maîtrisés, l’humeur de chacun compte assurément, ce soir, on le ressentira, le plaisir du jeu et des retrouvailles sont premiers pour chacun, ils se surprennent, se provoquent, suggèrent, hésitent, éclatent de rire et nous avec de cette jubilation de l’improvisation collective parfaitement digérée. Pour commencer ce set Gaby fait chauffer ses binious, elle se saisit de son soprano, très discrètement électrifié pour un effet d’écho, Andy et Shami envoient sans compter une pulsion électrique, tendue, “ça groove grave” en vérité. Shami Monany construit ses soli aux développements originaux, il n’y a pas de plan établi, tout est fait main sous nos yeux et ses grimaces sont à l’image de sa musique grave ou joyeuse, dans l’instant, Gaby devient hargneuse elle torture son soprano. Ses inspirations sont multiples, Le Brusquet c’est à la flute qu’elle nous le présente. Improvisations totalement contrôlées, écoutes mutuelles, chacun ajoute sa pierre à ces constructions solides ; une très grosse note de basse, un coup cinglant sur une cymbale, un fût de caisse complétement frappé, un pupitre en plus des cinq cymbales, un slap ou un accord qui attisent encore plus, mais ça rigole aussi. Ouf une balade…. Gaby Schenke se taille la part du lion, elle joue un ténor original avec un son définitivement personnel même si pour cette soirée qui s’oriente groove elle me fait penser au son du ténor de Brecker lorsqu’avec son frère Randy ils propulsaient ce qu’il fallait appeler alors le “jazz rock”, elle mêle avec une rare aisance la rudesse des ténors texans de la tradition à un lyrisme presque exacerbé, toutes les techniques du saxophone, des développements, des voicings, des gymniques aussi, définitivement personnels, ça groove, ça râle, ça cajole, cette ballade n’aura pas tenu, la pression monte systématiquement pour cette soit disant ballade au bois dormant… Une fin de premier set “happy… “, ils se lâchent encore un peu plus, Shami joue toutes les nuances du pianissimo au fortissimo, du note à note à la fougueuse phrase virtuose, de tous ses doigts, ses développements sont toujours imprévisibles et Andy Barron se lâche, j’allais dire se déchaine, sa légendaire délicatesse, son inventivité permanente au service d’un solo riche, construit et qui sait ne pas être démonstratif et donc musical aussi…

Pour le deuxième set et presque le deuxième concert, Gaby a fait venir son amie, compatriote et complice de longue date la pianiste Béatrice Kahl. Elles ont très souvent joué et enregistré ensemble et ont notamment concocté un programme, presque vintage, en jazzant quelques tubes de la musique pop/rock allemande des année 1980 qu’elles vont nous offrir. J’avoue ne pas connaître ces hits hormis le 99 Luftballons dont le succès a franchi les frontières. Béatrice envoie grave elle aussi, elle a apporté son clavier électrique qui lui permet évidement de diversifier les ambiances avec le beau piano à queue du club, elle sait donner les harmonies et nappes qui propulsent Gaby et lorsque son tour arrive, ses soli explosent aussi, histoire de relancer l’affaire des fois que la tension soit redescendue, un peu… La spontanéité est heureuse et communicative pour nous envoyer et improviser sans ménagement sur ces mélodies vision groovy – funky réjouissantes, Gaby chante aussi. Du répertoire de Nena (99 Lufballons, Nur Geträumt) en passant par celui de Spliff (Carbonara, Das Blech) le groupe qui accompagnait entre autre une certaine Nina Hagen, “Fusion ma chère fusion” une fois de plus tu me donnes raison, c’est avec toi que le plaisir arrive…

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