(69) RhôneAuditorium de Lyon

19/11/2017 – Corea / Gadd Band à l’Auditorium de Lyon

Le dimanche 19 novembre 2017 à 16h, l’Auditorium de Lyon accueillait au sein du « Corea/Gadd Band » : Chick Corea (piano, claviers, cloche), Steve Gadd (batterie), Lionel Loueke (guitare), Carlitos Del Puerto (basse), Luisito Quintero (percussions) et Steve Wilson (saxophones alto, soprano et flûte).

Alejo Carpentier n’aurait pas renié ce « Concert baroque ».

La collaboration de Corea et de Gadd  date de 1972, lorsque Chick Corea invite Steve Gadd pour son album « Return to Forever », créant ainsi la formation de ce nom. Après de nombreuses collaborations, ils se retrouvent en 2016 au Blue Note (NYC) pour un mémorable concert. Si vous avez manqué celui de l’Auditorium de Lyon, vous pouvez vous reporter sur YouTube au Concert de Lima de 2017, avec la même formation qu’hier au soir.

Bien sûr il y a de nombreux aficionados dans la salle de l’auditorium (curieusement pleine : le jazz doit être une musique populaire) : les batteurs pour Gadd, les pianistes pour Corea, les guitaristes pour Loueke, mais pas que ! Chaque instrumentiste peut goûter sans réserve le talent  extraordinaire de musiciens qui ne pratiquent pas nécessairement leurs instruments : de Loueke le guitariste synthétisant mais aussi rocker à ses heures, à Steve Wilson le saxophoniste et flûtiste, en passant par Carlitos à la basse et contrebasse- quels chorus splendides ! (il a des amis et de la famille dans la salle!) et Luisito aux percussions !

Quelle formation ! Quelle énergie ! Quel bonheur visible et communicatif de jouer ensemble, les compositions de Chick Corea ou de Steve Gadd ! D’accord, des compositions « du siècle dernier », mais comme dans les années soixante-dix, l’inventivité jazzistique, acoustique, instrumentale n’a jamais été aussi grande, nous pouvons dire que ces compositions non seulement ne vieillissent pas, mais se rajeunissent et nous rajeunissent à vue d’oreille. En puisant dans leurs répertoires des débuts- Night street de l’album « My Spanish heart », Return to Forever, composition éponyme de l’album de 72  (ou Flora Purim assurait la partie vocale là où aujourd’hui Lionnel Loueke joue de la voix et de la guitare) ou encore en rappel, Spain (précédé en introduction d’un Concerto d’Ajanruez pleinement développé et non plus traité de manière plus ou moins allusive), Steve Gadd et  Chick Corea, loin de tomber dans la répétition, renouvellent les structures, les chorus,  (les dialogues sonores du clavier et de la guitare, les dialogues rythmiques de Corea et de Steve Wilson), les sonorités (Return to forever, traité de manière « Tubular bells » (le disque de Mike Oldfield est de la même époque (1973)

L’enchevêtrement des tempi (du tempo latin de base, au rock assumé, en passant par des ponts en ternaire où triomphe le swing- et partout le groove de Gadd, Carlitos et Luisito), le mélange des genres (introduction de My spanish song qui fleure le 17ième siècle au piano et aurait pu être exécutée au clavecin, ou  une valse tranquille comme ce Serenity qui est une nouvelle composition à l’esthétique impressionniste) et enfin la variété des couleurs liées tant aux fûts de Gadd qu’aux percussions de Luisito Quintero, qu’aux sonorités magnifiques que Chick Corea tire de ses claviers ou Lionel de sa guitare, enfin la variété des genres musicaux explorés par Chick Corea contribuent à ce patchwork maîtrisé comme une cathédrale à la Gaudi l’intérieur  flamboyant d’un monastère de Rio (voyez Sao Bento) ou encore la façade mouvementée de la cathédrale de Murcie (Espagne). Ah ! Quand le taureau pousse un peu sa corne, le chachacha – écoutez  My spanish song  ne s’en va toujours  pas! Et la danse triomphe ! Mort aux esprits chagrins !

Ont collaboré à cette chronique :

Laisser un commentaire
X