(69) RhôneMusée des Confluences

30/11 & 2/12/2017- Enrico Pieranunzi trio au Musée des Confluences

De ces résidences passionnantes, Sylvie Laurent en a l’audace ; nécessairement en illustration musicale d’un événement du Musée des Confluences qui célèbre en ce moment le cinéma : « Lumière ! Le cinéma inventé ».

C’est au pianiste Enrico Pieranunzi qu’elle a pu faire appel, lui qui a été aussi un pianiste des studios italiens et qui a travaillé pour les musiques del Maestro Ennio Morricone et a bien évidement succombé à celles de Nino Rota. Concerts et enregistrements, Enrico Pieranunzi a déjà rendu hommage à ces « spécialistes » de l’aria, de la mélodie intemporelle, de celle qui sans effets, reste en mémoire presque indéfiniment, associées aux images. Le pianiste est un lyrique dans l’âme, son respect immodéré à l’art et la manière de Bill Evans est constant, il aime les harmonies, il les triture systématiquement. Pour l’occasion, c’est avec « son trio français » qu’il va nous émouvoir. Les formidables Diégo Imbert et André Ceccarelli, souvent complices, sont au service du pianiste, avec générosité et un plaisir bien visible. Pieranunzi, un poil cabotin, explique ses choix dans le répertoire de Morricone aussi souvent dépendants des droits des éditeurs associés aux compositions du maestro et c’est vers des thèmes, qui ne sont pas les hits, qu’il a fait appel, exposant pour chacun, le film que la musique illustrait alors. C’est sans doute parce qu’il joue ce soir en France, Le clan des Siciliens nous sera le seul thème véritablement familier. Nous sommes, pour cette première soirée, les auditeurs attentifs des variations du maestro, les partitions sont de rigueur, les improvisations apparemment mesurées, le pianiste a ressorti ses arrangements que ses compagnons de route ont découvert dans l’après-midi. L’auditorium a la taille idéale pour que le son nous paraisse acoustique, le Steinway & Sons est neuf, le doigté délicat du pianiste est évident, la justesse absolue de Diégo Imbert, sa belle sonorité pour le coup sur un instrument ancien et l’inventivité continue d’un Dédé Ceccarelli qui râle de plaisir lorsque le tempo est soudain doublé… Enrico Pieranunzi est devenu un de ces pianistes italiens à la carrière internationale faite de rencontres inouïes ; il partage avec ses éminents confrères et compatriotes une culture musicale incollable des musiques dites classiques et du jazz, ils les mêlent, les mixent, les faits ressurgirent mais ce premier soir, pour moi, il aura oublié, volontairement sans doute, de les faire exploser comme si la mèche restait humide… point d’éclat, point d’explosion, que la retenue presque exacerbée de recompositions de musiques émotionnelles, émotives, mais c’est « sa patte de velours »…

Nino Rota quant à lui a déjà été sollicité par les jazzeux, sa musique a quelquefois intégré les acquis du jazz, la Dolce Vità c’est aussi les clubs… Les thèmes joués ce soir font partie des hits, nous les connaissons tous. C’est presque chronologiquement que le pianiste fera dérouler la play list des films de Fellini ayant synthétisé les arrangements qu’il avait écrit en 2003 pour un quintet « all stars », ce soir pour le trio. I Vitelloni en apéritif gourmand, Il bidone dans une vision hard bop va s’orienter vers une ballade où les notes bleues vont s’inviter, les yeux des musiciens ont désormais quitté les partitions, Dédé s’est saisi des baguettes, « ça ne rigole plus… ». pour La strada, c’est Diégo qui expose le thème ensorcelant, toujours aussi juste, profond, à l’aise, volant sur les quatre cordes qu’il ne semble qu’effleurer… je revois Giulietta Masina en clown traumatisé. Mais pourquoi ces mélodies ne sont-elles pas devenues des standards comme celles de Broadway ? Là est la question, elles auraient dû constituer un répertoire patrimonial européen au moins, authentique et original… Le notti di Cabiria, évidemment Amarcord et in fine La dolce vità, le bis avec la composition personnelle du pianiste Fellini’s Waltz. Emotions, sensibilités, chacun des hommes du trio fait partie du projet et apporte sa touche d’âme à ces thèmes obnubilants, Enrico Pieranunzi est un pianiste délectable mais aussi ce soir un superbe arrangeur des musiques des films de l’histoire du cinéma international.

P.S. Nous aurons eu, à deux semaines d’intervalle, la venue à Lyon des deux plus grands illustrateurs de l’art de jouer des balais, après le maître Steve Gadd, la piqure de rappel était donnée ces jours par André Ceccarelli, magistral…

Ont collaboré à cette chronique :

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