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10/12/2017 Trio Barolo invite Anthony Gatta et Carjez Gerretsen

Les concerts de ce trio paraissent toujours un peu magiques, pourtant nulle intervention divine ici, juste un état d’esprit, que ces musiciens ont su créer et qui les pousse à donner toujours plus. Leur capacité d’accueil est infinie et les invités accueillis comme des fils ou des frères sont à même pour le coup de donner eux aussi le meilleur en présence de cette écoute bienveillante.

La formation n’est pas figée et au fil du concert elle évolue en trio, en quartet, en quintet et, sur un titre, un trio inédit qui comprendra les deux invités et Rémi Poulakis, à l’accordéon.

Le concert s’organise autour des titres de l’album Casa Nostra, mais s’ouvre avec le Ballet des Airs, morceau de l’album précédent, comme un lien. On est saisi dès l’exposé du thème par Francesco Castellani au trombone, tant de sensibilité mis en valeur par un son d’une telle pureté, cette beauté purement italienne que l’on retrouve chez quelques cuivres parmi les plus grands, tel Enrico Rava ou Paolo Fresu. On ne décrochera plus jusqu’au dernier titre. L’accordéon primesautier répond à la gravité douce du trombone, leurs dialogues enveloppés par la rythmique obstinée de la contrebasse de Philippe Euvrard; mais il sait tout aussi bien s’affranchir des rigueurs de l’accompagnement, pour s’évader en chevauchées mélodiques créatives.

Les compositions de Philippe Euvrard forment l’essentiel du répertoire du Trio Barolo et, à leur sujet, lorsqu’il parle de paysage mental, on ne peut s’empêcher d’entendre comme en filigrane « cosa mentale ». S’il y a des paysages dans cette musique, il y a bien plus que cela, on y sent battre le cœur des gens vivant autour de cette « Mare Nostrum, » (l’un des titres) que chante Trio Barolo. Les diversités comme c’est toujours le cas en musique, s’assemblent et font naître des émotions nouvelles, on y entend l’amitié, la tolérance et entre les musiciens d’origines diverses, l’écoute et l’heur de vivre l’instant présent ensemble. Les deux voix, lyrique de Rémi Poulakis et traditionnelle de Francesco Castellani, ont maintenant pris leur place dans l’architecture musicale savante du trio.

Les invités, pour leur part, y interviennent comme si leur survenue avait été prévue dès longtemps à l’avance; il y a toujours un espace pour l’autre dans cette création permanente. Anthony Gatta, à la batterie et aux percussions, pare l’ensemble de couleurs discrètes, rehausse ici une tonalité, encourage un relief à devenir apparent, ajoute une teinte vive, rend une carnation plus visible, fond son intervention dans le son collectif sans le dénaturer jamais, tout en y apportant son supplément d’âme. L’arrivée de Carjez Gerretsen, aux clarinettes, dans cette musique, est une preuve supplémentaire, s’il en faut, de ce que la séparation entre les genres musicaux est plus affaire d’exégèse musicale, que des musiciens eux-mêmes; son intégration dans le projet amène des éclairages nouveaux à cette musique que l’on croyait connaître, mais que l’on approfondit à chaque concert, tant celui-ci se révèle à chaque fois, plus éclairant que le précédent.

Merveilleuse géographie poétique des sentiments qui met en évidence ces universaux émotionnels communs aux vivants.

Ont collaboré à cette chronique :

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