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08/02/2018 – Jean-Philippe Scali quintet « Low Down » aux Jazzeries d’hiver

L’intitulé du concert comportait la mention feat. Glenn Ferris, mais le célèbre tromboniste n’a pu se décider à quitter sa maison de la région parisienne en raison de la neige. Quand on descend de sa montagne malgré le froid, la neige, la glace et le brouillard givrant, en arrivant sur le lieu du concert, on est forcément un peu déçu et frustré tout au moins. Mais le nom de Bastien Ballaz comme invité de dernière minute rassure ceux qui connaissent ce tromboniste, discret en coulisse, mais qui peut être somptueux sur scène. Au piano, au Fender Rhodes et à l’orgue, on trouve Frédéric Nardin, pianiste bien connu sous nos latitudes, dont le jeu éclectique et transverse peut visiter tous les styles du romantisme au jazz contemporain, ou sonner carrément blues si nécessaire (comme dans Purge, un morceau qui brode autour des 4 premières notes de Saint James Infirmary, avant de nous embarquer vers des contrées inconnues). Elégant et solide le jeu de contrebasse de Samuel Robert, aussi à l’aise dans l’accompagnement que dans les chorus, assure une assise solide au groupe; ça permet au batteur, Philippe Maniez, qui remplace Donald Kontomanou, d’élargir son jeu vers de savantes et poétiques combinaisons avec le pianiste. En ce qui concerne Jean-Philippe Scali, dès les premières notes du saxophone baryton, on se dit qu’il a pratiqué cette musique très jeune ou qu’il a beaucoup travaillé pour arriver à ce degré de qualité sonore et d’inspiration, dans la réalité, les deux hypothèses sont justes. Le titre de son dernier album Low Down sonne comme une revendication pour les deux instruments solistes, qui vont explorer pour nous le bas du spectre sonore, mais pas seulement. Les deux instrumentistes vont nous entraîner dans une exploration de la totalité des tonalités disponibles pour le saxophone baryton et le trombone, sans en oublier ni en privilégier aucune, les graves ne sont pas utilisés pour en tirer des effets, mais comme lieux de création, à l’égal des mediums et des aigus.

Le programme reprend tous les titres de l’album Low Down qui, sauf exception, sont des compositions de Jean-Philippe Scali, ça commence par Jenny’s Day titre tendre et fraternel, parfait pour une entrée en matière, on poursuit avec Purge déjà cité, puis Korean Folk Song, fresque impressionniste superbe de Jean-Philippe Scali. Au second set ça commence très fort avec The John’s Touch, dédié aux deux guitaristes John Scofield et John Ellis, où sans artifice, seulement dans l’esprit, le saxophoniste arrive à faire sonner son baryton comme un riff de guitare, saisissante évocation. Après Refugees de Glenn Ferris, une séduisante reprise de Thelonious Monk avec Sisyphe sur un bel arrangement de Frédéric Nardin.

Nous ne regretterons pas notre soirée, il s’est passé ce soir ce qui arrive parfois avec les grands artistes, devant des contraintes qui semblent rédhibitoires ils se transcendent. Cette remarque s’adresse à l’ensemble du groupe, il n’est pas facile d’accueillir un soliste au pied levé, encore moins de s’intégrer dans un groupe dont on découvre les partitions le jour même comme ce fut le cas pour Bastien Ballaz, il faut une bonne dose de talent pour rester soi-même et donner le meilleur comme il l’a fait. Bravo spécial à Jean-Philippe Scali, il a su réunir une belle équipe de musiciens autour de lui, tellement concernés par cette musique, que le plaisir qu’ils ont eu à la produire s’est transmis directement aux auditeurs et spectateurs.

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