(38) IsèreEsplanade Saint Vincent

09/02/2018 – Enoia, objet sonore sensible

J’ai une tendresse particulière pour les duos. Je ne suis pas en train de vous baratiner, non. Je vous parle musique. Juste que la formule, éculée depuis la nuit des temps, tient encore la rampe et pour longtemps. Seul on tourne en rond. On ne met que ce que l’on sait faire. L’introspection peut avoir un effet de catharsis mais il ne se produit pas grand-chose, sauf si l’on est adepte du lancer dans le vide à la manière des improvisateurs sans filet. A trois, on se cherche, on s’aiguillonne, on se lance des défis, à fortiori à quatre. A deux, on se fait du bien, on se respecte, on se dorlote. On donne, on se rend, on bâtit, on construit, d’abord pour soi, pour le duo qu’on forme, mais aussi pour la tierce personne qui saura vous écouter.

 Je découvre à peine Enoia et je retrouve cette idée de la musique bien faite, du bel ouvrage, d’une œuvre en éclosion fraîche comme le printemps. Les deux artistes n’en sont pas à leur premier coup de maître et ont déjà derrière eux une belle expérience. Mais ici, le répertoire est particulièrement soigné, peaufiné, pour mettre en valeur la richesse de leurs savoirs faire. Sans esbroufe ni forçage. Au contraire, dans le dépouillement et le rendu le plus pur. Une guitare, un violoncelle, une voix et quelques percussions. La force d’Enoia repose sur la connivence et l’accueil de la sensibilité de l’autre. La voix de Claudine Pauly est assurée, assumée, magnifique et l’artiste possède ce que beaucoup de chanteurs ou chanteuses n’ont pas, ce pouvoir d’interprétation. Émotions et frissons garantis, mais là encore, sans effets particuliers, juste une urgence à chanter et une sincérité. Jason Del Campo joue du contrepoint, accompagne, ponctue, poursuit le chant avec fluidité et inventivité. Derrière leur travail, et au-delà de l’envie de plaire au public, on ressent l’enjeu qui est ici de présenter un travail plus personnel. Même si les deux touchent à tout, entre répertoire pop folk et standards de jazz, ils osent les compositions et se mettent à nu. Une belle inspiration les portent tout au long de leurs deux sets et ils savent tenir en haleine un public en variant les effets, les rôles de chacun, les énergies, les langues aussi. Ils ont une façon tout à eux de se démultiplier (lui par des effets de looper, elle par ce côté femme orchestre qui chante tout en jouant du violoncelle tout en battant sur une pédale « grosse valise »), mais il reste au final la grande cohérence de leur imbrication qui en fait un objet sonore sensible de haute volée. Le clip qui a été fait à partir d’un des premiers morceaux reprise du groupe, And I love her, des Beatles, vaut le coup d’œil et le coup d’oreille. Une ode à la sensibilité.

Ce n’est pas pour rien qu’ils étaient reçus à l’Esplanade Saint Vincent par les non moins sensibles phénomènes musico-gastronomico-artistico que sont Joëlle et François, accompagnés pour la soirée par les luthiers viennois d’Alticelli, mari et femme ainsi que d’autres membres de la nouvelle association qui gère le lieu. Renseignez-vous auprès d’eux, devenez membres actifs et poursuivez l’aventure passionnante de l’Esplanade Saint Vincent .

Ont collaboré à cette chronique :

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