(63) Puy-de-DômeCoopérative de mai

15/03/2018 – Christian Scott à la Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand

Nous l’avions découvert en décembre 2009 lors d’un concert programmé à l’Auditorium de Lyon, alors qu’il n’était encore que le trompettiste de Marcus Miller. Ce soir-là, comme d’ailleurs les autres jeunes sidemen  présents sur scène, Christian Scott s’était fait remarquer par la fougue de son jeu et de façon évidente, son talent. Originaire de la Nouvelle-Orleans, le musicien est devenu en quelques années la figure emblématique d’une génération de jazzmen capables de bousculer les conventions du genre. Une position délicate mais totalement assumée qui vaut au trompettiste d’être à la fois adulé par certains (ceux qui reconnaissent en lui un des nouveaux génies du genre), ou vilipendé par les puristes (ceux qui crient à l’hérésie plus vite que leurs oreilles). Scott n’est pourtant pas le premier à dynamiter le jazz, à le métisser de soul, de funk, de rap et de pop, à puiser autant dans les racines africaines du jazz que dans les codes urbains du hip hop. Avec ses étonnantes trompettes (créées sur mesure chez Adams musical instruments) et toute la quincaillerie embarquée (grosses bagouzes et collier de douze kilos), Christian Scott donne dans le clinquant bling-bling, c’est vrai… Mais l’homme est attachant, presque trop bavard lorsqu’il présente avec moult détails ses excellents musiciens ou lorsqu’il aborde longuement les inégalités que produit notre société moderne des deux côtés de l’Atlantique, dialoguant de façon très décontractée avec le public qui tente de suivre le flot de paroles, en anglais US dans le texte. Scott cultive son image, certes, mais la musique est là, puissante et colorée, avec cette énergie qui parle aux tripes et pousse au trip. Ça groove méchamment, on pense à Trombone Shorty (entre autres), un autre musicien from Louisiane.

Line up : Christian Scott: trompette ; Braxton Cook: sax ; Lawrence Fields: piano ; Kristofer Fun: contrebasse ; Corey Fonville: batterie

C’était la première fois qu’officiellement votre webzine préféré poussait jusqu’à Clermont-Ferrand pour couvrir un concert. Nouvelle grande région Auvergne-Rhône-Alpes oblige, nous nous devons désormais d’aller jeter un œil à ce département et notamment à sa préfecture, laquelle semble investir généreusement dans la culture, pour ce qui nous concerne ici dans la musique (avec la Coopérative de Mai en fer de lance), dans l’image fixe (avec le superbe centre photographique qu’abrite l’Hôtel Fontfreyde) et bien entendu dans le cinéma avec le très réputé festival du court métrage. Au sein de la Salle des Musiques Actuelles, c’est Stéphane Mikaelian, clermontois d’adoption mais stéphanois de naissance, qui chapeaute avec bienveillance et simplicité la programmation de Jazz à la Coopé, avec à peu près un concert par mois d’octobre à mai. L’espace plutôt chaleureux de la Petite Coopé, la salle Bis, est agencé en mode club avec le bar à gauche, la scène au milieu, quelques tables à droite et un balcon qui couvre le fond. Le programme n’a absolument rien à envier aux autres SMAC régionales qui s’enjazzent, jugez plutôt : la saison s’est ouverte l’automne dernier avec Lucky Peterson, puis se sont succédés Roy Hargrove Quintet, Rhoda Scott, Stéphane Belmondo et Omar Sosa. Avec les beaux jours débarqueront dans la capitale du pneu (je n’ai pas résisté !) Avishai Cohen, puis Myles Sanko et enfin Roberto Fonseca. Un scène de jazz à suive de près !

Voir le site de la Coopérative de Mai

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