(69) RhôneHot Club

16/03/2018 – 70th du Hot Club : Duo Jonathan Kreisberg / Nelson Veras

Nous sommes mi-mars avec un temps de fin d’hiver, et il faut braver la pluie ce soir pour pénétrer au cœur de la presqu’île lyonnaise et rejoindre le Hot Club. Mais le jeu en vaut la chandelle ! Tout d’abord car cette année ce sont les soixante-dix ans de cette vénérable institution et que pour fêter cela dignement une série de concerts labellisée « 70th du Hot Club » vont se succéder. Et ensuite, parce que le concert de ce soir accueille le duo de virtuoses de la guitare Jonathan Kreisberg et Nelson Veras.

Pensez donc, soixante-dix ans ce n’est pas rien, en effet le Hot Club de Lyon a été créé en 1948, il a fait brièvement partie de la fédération des Hot Club français au début du développement du jazz en France. Il a eu comme président d’honneur Duke Ellington et parmi les illustres musiciens qui ont joué sur sa scène, de grands noms. Allant du New Orleans au Be Bop, de Sidney Bechet à Miles Davis et bien d’autres encore !

Sans compter le nombre de musiciens de la région, plusieurs générations, qui ont fait leurs armes et parfois leur première scène lors des jam historiques du samedi après-midi. Ainsi, que les nombreux fans de jazz qui sont venus les écouter pour construire leur culture et leurs émotions musicales. Votre serviteur pour cette chronique en fait partie.

Pour le concert de ce soir, je dois avouer que je ne connaissais les musiciens que de nom. Ma bonne étoile m’a soufflé que les deux musiciens font partie des meilleurs guitaristes de jazz du moment.

Le concert commence dans une ambiance veloutée, raffinée et intimiste qui se prête parfaitement à la cave du Hot Club. Tout au long des deux sets, les guitaristes vont croiser leurs cordes pour emmêler leurs mélodies. Souvent, le guitariste américain commencera sur la mélodie aux arpèges, tandis que le guitariste brésilien l’accompagne sur la rythmique aux accords. Pour ensuite, au fil du thème échanger les rôles. Les jeux des deux musiciens diffèrent et se complètent. Jonathan Kreisberg entreprend de long solos lyriques, il fait chanter ses cordes et dialogue avec elles en marmonnant tout en jouant. Nelson Veras est un peu plus en retrait. Son accompagnement et ses solos sont raffinés, ses accords ponctuent les solos de son camarade avec une touche et une influence classiques. Les deux musiciens sont complémentaires, en plus de croiser leurs cordes, ils croisent leurs mélodies et leurs rythmiques et(pour) se retrouver sur le thème pour notre plus grand plaisir. Leurs sonorités se mêlent également. La Gibson de Jonathan Kreisberg apporte un son rond et grave, retranscrit par le modèle de guitare acoustique électrifiée. La guitare électro-acoustique de Nelson Veras complète la sonorité avec un son plus léger et doux. Nous remercions Jean-Louis Almosino, pour ces précisions passionnées données en aparté à la fin du concert, sur les guitaristes et leurs instruments.

Avec leur répertoire de morceaux originaux comme : Liner rising ; Until you know ou Fever visions, les musiciens s’expriment dans des échanges mélodiques en douceur sur lesquels on se laisse porter par la finesse et l’on partage le plaisir qu’ils prennent à jouer. Avec l’interprétation des standards : Goodbye pork pie hat, Bahia et How deep is the ocean en rappel, on retrouve des structures de thèmes plus classiques. L’interprétation du fameux titre de Charles Mingus était très émouvante. Le guitariste américain allonge ses notes sur ce blues, tandis que le guitariste brésilien l’accompagne en douceur. En deux sets et une douzaine de morceaux, ces deux virtuoses nous auront enchantés par des dialogues sur leurs solos, de magnifiques échanges et une très belle écoute. Soyez à l’affût des prochains concerts pour célébrer les soixante-dix ans du « Hot »* !

 

*: le 28 avril avec Jeremy Pelt Quartet, rien que ça !

Ont collaboré à cette chronique :

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