(69) RhôneAuditorium de Lyon

26/03/2018 – Roberto Fonseca à l’Auditorium de Lyon

Roberto à fond s’éclate…

Costard bleu macronien, chemise blanche sous gilet, et son fidèle galurin sur la tête à l’instar d’un Marcus Miller, le pianiste cubain est vite devenu comme ce dernier l’un des chouchous d’un vaste public populaire. Preuve à l’appui pour ce nouveau concert dans la région où le débonnaire santero à l’élégance décontractée n’a eu aucun mal à bonder les plus de deux mille places de l’Auditorium un lundi soir.

Prodige du piano, instrument entamé tardivement (à quinze ans) après avoir été percussionniste, le digne héritier du maître Chucho Valdès (qui fut le premier mari de sa mère) s’est vite affirmé par une technique brillante, combinant jeu puissamment percussif et délicatesse du toucher pour façonner un latino jazz mêlant avec bonheur rythmes afro-cubains (culture yoruba) et american style. Un talent pleinement révélé à grande échelle lorsque Roberto Fonseca eut l’insigne honneur, en 2001, de succéder au légendaire Ruben Gonzalez au sein du fameux Buena Vista Social Club. S’il a depuis su élargir le spectre de la musique traditionnelle cubaine en côtoyant l’urbanité du hip-hop et de l’electro, prouvant chaque fois l’amplitude contrastée de sa palette sonore, le pianiste est revenu dernièrement à ses fondamentaux. Mais sans tomber dans le piège d’une resucée, comme on l’a vu ce soir où l’on était tout de même suffisamment loin du BVSC.

Des cordes à son arc

Point de cuivres pour ce concert où, au fidèle trio 100 % latino composé de Ramsès Rodriguez à la batterie, Adel Gonzalez aux percussions, et Yandy Martinez aux basses acoustique et électrique, s’adjoint exceptionnellement (auditorium oblige) un octet de cordes issues de l’ONL. Même si l’ajout s’apparente à mettre de l’or dans une Rolls, force est de constater que ça change tout. Et cela s’entend dès l’intro avec Cubano Chant, une salsa où les attaques incisives des pupitres lyonnais nous mettent d’emblée au parfum avec d’inattendues et jouissives fragrances. Sur Family qui suit, le style Fonseca délivre ses ingrédients colorés en un patchwork mixant son d’orgue Hammond, samples vocaux hip-hop et solo de djembé très africain. Avec Contradanza del Espiritu et sa longue intro au delay très travaillé, la pièce se décline comme le tableau d’un peintre par petites touches, où les éclairs fulgurants des cordes donnent toute la puissance d’un rock symphonique. Le quatrième titre Congo Arabe reste d’ailleurs dans cette énergie rock à l’entame, quand les archets viennent prestement orientaliser le propos. Tout en ruptures rythmiques, le morceau fait la part belle à la batterie avec un puissant solo, tandis que le pianiste qui tient longuement la note d’une main dirige l’ensemble d’une autre main. Deux morceaux suivront sans les cordes, d’abord Asere Monina Bonco qui revient franchement en terre cubaine, Fonseca faisant preuve ici de toute la fluidité de son swing aérien et traçant un boulevard pour un solo de contrebasse de haute dextérité. On ressent alors toute la complicité et la grande écoute mutuelle qui unit le quartet, avant Latin Lover qui offrira un long dialogue piano-percussions assez speed. Surtout, cette pièce représente bien ce qu’est la musique de Fonseca : rythmique toujours, chantante souvent, dansante rarement.

Une heure déjà est passée avec seulement six titres ! Trois autres suivront avec le retour des cordes à notre plus grande joie (on se souvient ici d’un concert frustrant de Tigran Hamasyan qui n’avait usé qu’avec infime parcimonie du luxe que représente cette magnifique valeur ajoutée). Habituée des répertoires classiques symphoniques, la phalange apporte son irrésistible romantisme à Suspiro, une enjôleuse promenade où le piano au sustain appuyé sonne merveilleusement. Une élégance confirmée encore sur Dos Gardenias où cordes et contrebasse à la rondeur boisée offrent, tricoté mains, un tapis brodé de soie, avant d’achever le répertoire par un mambo sauce sympho des plus étonnant. Après cent minutes placées sous le charme accrocheur de ce répertoire, le pianiste reviendra en rappel pour un solo final feutré et classieux, embarquant le public à l’unisson qui murmure un chant du départ très apaisant. Pour le dernier concert de sa tournée, touché par cet accueil généreux et plein d’égards, Roberto Fonseca s’est visiblement bien éclaté. Et nous aussi du même coup.

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