(69) RhôneHot Club

28/03/2018 – Jeremy Pelt Quintet au Hot Club de Lyon

Ce Mercredi 28 Mars, le Hot Club de Lyon frappait un grand coup en invitant le quintet du trompettiste star Jeremy Pelt, new-yorkais pur jus, qui nous présentait son dernier bébé : l’album ” Noir en rouge – Live in paris” sorti chez HighNote Records.

Deux sets remplis à bloc, par un public pour la plupart conquis d’avance et impatient d’apprécier ce magnifique quintet, complètement inscrit dans une modernité que l’on s’attend plus à constater à New York qu’à Lyon ( à tort peut-être… La preuve ) dans le sens où Jeremy Pelt, leader et catalyseur musical du groupe, tout en nous proposant le fruit de ses arrangements, résultante de plus d’une vingtaine d’années maintenant de travail, de tournées, d’explorations, d’expérimentations, n’est pas venu pour ”abolir la loi”, et qu’il pourrait reprendre à son compte ce que Sony Rollins déclarait déjà en 1959 : « si hard-bop signifie a hard way of playing (une façon dure de jouer) alors je joue hard bop, ou du moins j’essaie. ». en effet, il semble même décidé à aller à contre courant de l’idée selon laquelle le jazz serait devenu un territoire ignorant du tracé de ses frontières, sans peur d’être suspecté de l’avoir imaginé de toute pièce, pour satisfaire je ne sais quelle passion des miradors et des barbelés.

Car finalement, qu’est-ce que la modernité du jazz ? Ou se situe l’actualité d’une musique otage d’une miraculeuse mémoire et fascinée par des ailleurs dont on voudrait qu’ils assurent sa rédemption mais qui le plus souvent, contribuent à l’anéantir.

J’aime ces musiciens qui luttent pour ne jamais céder à la tentation d’être ”actuels”- prendre garde à ne pas échanger un trésor d’éternité contre un plat de lentilles qu’il faudra réchauffer sans trêve afin de préserver une précaire harmonie entre sa musique et l’air du temps-

A quarante deux ans, Jeremy Pelt semble au sommet de son art, élégant, épuré et charismatique dans le droit fil de ses illustres prédécesseurs comme Freddie Hubbard (qu’il a rencontré pour la première fois au collège en 1996 ), ou Miles Davis, Clifford Brown et Lee Morgan, et le quintet sonne incroyablement. Sa trompette crache aussi bien le feu, sur Make Noise ou Evolution par exemple (précédé par une remarquable introduction du jeune batteur Jonathan Barber, au jeu incroyable de créativité, dynamisme et chaleur qu’il impose avec autorité et une grande maturité), qu’une espèce de brouillard givré sur des ballades comme Chateau d’Eau ou encore Black love Story évoquant sans conteste le son de Miles.

Le pianiste Victor Gould (complice de Wallace Roney dans un autre contexte) fait des merveilles, très forte individualité doté d’une incroyable précision, musicalité, sophistication dans ses harmonies, maîtrise du silence, superposition des accords, swing bien sûr avec cette note afro-cubaine exaltée par la percussionniste Jacquelene Acevedo dont le travail vient enrichir avec bonheur la proposition et la cohésion du groupe ( bien mieux je trouve que Manolo Badrena par exemple dans le quartet d’Ahmad Jamal).

En pivot on a Richie Goods, imperturbable, infatigable au jeu très agressif à la contrebasse, inspiré du jazz-rock fusion” old school ” des années 70, capable d’impulser et de restituer toute l’énergie nécessaire à la machine.

Mais je dirais que la principale qualité de ce quintet réside dans sa cohésion, et l’adhésion du collectif à une écriture globale restituant les couleurs d’un seul et même projet musical reléguant au dernier plan les possibles mesquineries ou autres frustrations induites par le leadership de certains membres sur des individualités plus anonymes.

J’ai assisté aux deux sets, je ne voulais rien rater. A mon avis, il en manquait un troisième.

Ont collaboré à cette chronique :

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