(69) RhôneAmphiOpéra

04/04/2018 – BCUC à l’AmphiOpéra de Lyon

La cerise sur le ghetto

Voilà une soirée qui fût des plus… crépitantes ! Après avoir essuyé un déluge de grêle dantesque pour nous rendre à Lyon, la tornade allait se poursuivre dans l’enceinte de l’Amphi-Opéra, le feu succédant à la glace. On connaissait la réputation du groupe sud-africain depuis qu’il incendia les Transmusicales de Rennes en 2016 et, plus proche de nous, depuis un passage l’été dernier à Jazz à Vienne qui laissa les spectateurs proprement abasourdis. Un tel buzz comme une traînée de poudre suffît à bien garnir les travées de l’amphi qui n’allait pas tarder à s’enflammer à son tour.

Avec une instrumentation (d)étonnante (percussions, vuvuzela, sifflets) issue des rythmiques traditionnelles Nguni et Tsonga, juste soutenue par une basse terrienne pour accompagner des chants profondément engagés, l’esprit roots de ce septet militant loin de tout formatage tranche avec les clichés habituels de la musique sud-africaine. De quoi faire allégrement passer Johnny Clegg & Savuka pour du Chantal Goya. Avec BCUC (pour Bantu Continua Uhuru Consciousness, que l’on peut traduire par « L’homme en marche vers la liberté de conscience ») on plonge dans le brasier revendicatif de Soweto- sans doute le ghetto le plus dangereux du monde- où ce collectif issu de divers groupes ethniques a éclot il y a quinze ans avant de devenir le fer de lance de la sub-culture des townships de Johannesburg. Melting-pot de la génération post-apartheid, ces héritiers de Mandela entendent prolonger et partager la mémoire d’une culture ancestrale tout en dénonçant les violences dues au racisme qui perdure encore. Fidèles à leur rêve d’une « nation arc-en-ciel », les membres de BCUC cherchent avant tout l’élévation de l’esprit dans l’incandescence de leur communion musicale à la fois urbaine et tribale. Et quelle incandescence !

Furia zoulou

Dès l’entame du concert, sifflets, cornes, percussions et cris nous donnent directement l’impression de pénétrer dans les méandres inquiétants du bush. D’emblée, on ne peut effectivement qu’être surpris par la puissance dégagée, une énergie (up)percutante  comme du punk-rock délivré en version indigène où le tribal vire au primal. Leur afro-psychédélisme teinté de soul-funk -non sans rappeler parfois celui d’un Féla Kuti- use de chants en circulation répétitive, étirés de très longues minutes dans une escalade fiévreuse qui mène crescendo vers la transe hypnotique. Déflagrations telluriques des instruments, verbe exalté des paroles brutes et imprécatoires pour haranguer l’auditoire dans une ferveur rugissante et cathartique, un concert de BCUC agit bien comme une sorte d’exorcisme d’où l’on ne ressortira pas indemne. Si quelques rares respirations sont  parfois prises dans ce continuum sonore ascensionnel, ce n’est que leurre d’apaisement. Muscles saillants luisant de sueur, les percussionnistes de cette batucada afro-punk ne relâchent jamais la pression tandis que quatre voix mêlées viennent encore rajouter de l’ampleur à cette pure furia zoulou. Du copieux, parfois bourratif dans sa dimension bruitiste et enragée, mais qui agit d’évidence comme une potion magique sur l’auditoire. La fosse se lâche irrémédiablement et les visages irradient alors du même enthousiasme. Durant une petite heure, jamais ne retombera cette incroyable ferveur, avant qu’un invité inattendu en la personne du saxophoniste Lionel Martin ne rejoigne le groupe pour quelques morceaux en rappel tout autant intenses et qui nous laisseront sur les genoux. Pas de doute, la réputation de BCUC n’est pas surfaite, il suffit de vivre un tel moment pour s’en convaincre. Ceux qui souhaitent en connaître la recette pourront d’ailleurs en faire l’expérience au prochain RhinoJazz(s) où le groupe viendra dynamiter le Clapier de Saint-Etienne.

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