Fi du vendredi 13, fi des vacances scolaires, public et bénévoles sont au rendez-vous ! Bien à l’abri d’une pluie printanière dans la salle d’honneur du château de Montseveroux, nous voilà sagement assis, attendant l’arrivée du groupe qui monte : Fœhn Trio… Les remerciements “franciscains” saluent notre présence, la banderole barre le fond de scène au dessus de la cheminée pluriséculaire : côté “Jazz”, Christophe Waldner s’installe au piano droit, sous le “en”, Cyril Billot soulève sa contrebasse, à droite de “Bièvre”, Kévin Borqué prend place derrière la batterie. “Jazz en Bièvre”, septième soirée, c’est parti !

Pour nous faire découvrir son “jazz des montagnes”, de concert,  le trio attaque le concert en douceur pour poursuivre plus groovy avec L’Obiou, sommet du Dévoluy gravi par le pianiste. Celui-ci nous fait part de son plaisir de jouer dans “le plus grand club de jazz de Montseveroux”. Dans A Day in Chamonix, les balais du batteur évoquent les bogies du petit train du Montenvers montant vers la Mer de Glace, imprimant un rythme de plus en plus soutenu à l’ascension ferroviaire. Évoquant le film de Jean-Michel Bertrand “La vallée des loups”, Wolves illustre parfaitement la capacité du trio de mêler les sons synthétiques du clavier Nord, du pad Roland, du tom Tama à ceux acoustiques du piano, de la contrebasse et de la batterie Gretsch et Pearl. Entamé puissamment Pili-pili s’orientalise indiciblement permettant au contrebassiste d’user, lui aussi, d’effets électroniques. Le Haut-Alpin Christophe présente l’album Magnésie et ses partenaires, le Haut-Savoyard Cyril et le Jurassien Kévin avant qu’ A’rvi Pâ ne conclue le premier set par un délicat au-revoir savoyard.

Après la traditionnelle pause dégustations et dédicaces, la batterie électronique relance l’écoute avec Face Nord qui allie élégance et sérénité avant que puissance et tonicité ne prennent l’ascendant. Plus brise que burle, le guilleret et primesautier Danse pour Gaïa nous permet d’applaudir un ébouriffant solo du batteur. La vengeance de Madame Carle nous ramène au cœur des Écrins, avec la légende du Pré de Madame Carle,  et au dire de certain(e)s, la musique du trio l’aurait bien vengée ! Pour terminer le second set,  Neuf Couleurs (9ème titre du concert…) illustre les nuances qui animent la surface d’un lac de montagne. Pour répondre à la demande d’un public verticalisé, Windchill  ne tempère aucunement notre ressenti face à la chaleur du fœhn venu souffler en terre de Bièvre et fait office de descente… en rappel ! Un signe qui ne trompe pas : nombre de têtes dodelinent au rythme de cet entraînant final.

Sans soufflant, Fœhn Trio ne manque pas de souffle ! Aucun temps mort dans leur prestation, aucune fausse note, tout est parfaitement en place, l’alliance entre l’acoustique et l’électronique est subtilement dosée. Le trio sonne comme un seul homme, pas de pause pour les musiciens au fil du concert, tous trois ne cessant jamais de jouer, alternant les rôles d’accompagnateurs ou accompagnants. MgCO3*, la formule du carbonate de magnésium, semble souder ces montagnards du jazz.

Vacancier ou superstitieux, vous n’étiez pas au château… Rassurez-vous, ils sont au Péristyle de l’Opéra de Lyon les 22 et 23 juin et reviennent à Vienne sur la scène de Cybèle le 28 juin dans le cadre du tremplin ReZZo-Focal. D’ici là, grimpeur ou pas, n’hésitez pas à écouter Magnésie

*: Deux sets à Montseveroux, un à Cybèle et trois à l’Opéra !

Ont collaboré à cette chronique :

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