(69) Rhône

30/04/2018 – Mon Jazz Day à Lyon et Limonest

Le programme du Jazz Day de la région lyonnaise est chaque année plus conséquent alors des choix (arbitraires) s’imposent. Voici mes pérégrinations du jour.

Début du marathon annuel du Jazz Day dans un nouveau lieu de « bouffe », le BW burger qui a eu la bonne idée d’inaugurer ce Jazz Day 2018 avec un concert du duo Elina Jones et Thibaud Le Guerinel à l’heure du déjeuner (avec le renfort d’Elvin au cajon). Belle opération de comm car une grande partie de la clientèle découvre l’endroit et compulse le tract du programme de la journée.
Côté musique le répertoire fait place à des titres archi-connus ou des musiciens qui le sont tout autant : Tracy Chapman, Donny Hataway, Alicia Keys, Street Life des Crusaders, Let’s stay together d’Al Green, etc. Beaucoup de soûl, un peu de jazz avec What a wonderful world, Sunny. Une musique qui sied bien au lieu et à l’heure.

Je prends le scooter pour traverser Lyon, direction le 8ème et l’espace Sarrazin, un ESAT où se produit le « ]FDA[ Quartet ».
Pour l’occasion Francois Dumont d’Ayot entame le concert en rappelant les fondements et valeurs du Jazz Day à un public attentif. Pour l’occasion il a constitué un répertoire de jazz très traditionnel : Lester lips in ; When your smiling ; Sweet Georgia Brown (très enlevé); La Javanaise… et quelques compositions originales aux sonorités bien plus contemporaines : AnthénésongDarkcastle Monk en hommage à Monk et à Guillaume de Baskerville.
C’est un quartet de jazz alors chacun a à cœur de chorusser : Maurade Meniri à la basse, Attilio Terlizzi à la batterie, Rémi Mercier au clavier et bien sûr FDA au sax alto ou soprano et à la flûte.

Déception, je file au Mondrian pour écouter de l’électro. Las ! Le concert est annulé sans raison particulière.
Un trou dans l’agenda.

Le prochain concert est à 16h30 chez Mademoiselle Simone. J’arrive en avance. Personne, pas un client, pas un musicien. On me rassure le concert aura bien lieu. Ouf!
Effectivement la salle se remplit peu à peu et les jeunes musiciens de Yaya Five arrivent. Une rapide balance, comme des pros et c’est parti.

Four! ; So What ; Solar : trois tubes de Miles pour commencer. Quel début entamé avec une belle assurance. Que de chemin parcouru depuis les premières années au tremplin junior de Jazz à Fareins. Cédric Perrot peut être fier de ses protégés.
Le set se poursuit avec d’autres standards immortels : My Funny Valentine ; Sandu (qui clôture le set)

Le groupe : Emilie Caumeil : trompette, bugle ; Clara Pozzo di Borgo : piano ; Owein Moulin : basse ; Julien Ducruet : batterie. A eux quatre ils totalisent soixante huit ans … Aux âmes bien nées …

Il est temps de filer à la Taverne Gütenberg qui propose le concert le plus intrigant de la journée : « Jazz sous hypnose »

Déjà le lieu. L’immeuble entier a été racheté par une association qui en fait un endroit de rencontres, d’expositions et de résidences d’artistes avec bien sûr son bar convivial.
Il y a quelques temps Maxime Bruchet et Charlie Guyen, deux hypnotiseurs du collectif « Nuages » (qui a pour objet de démocratiser l’hypnose) ont suggéré à l’établissement ce concept de concert sous hypnose. Parfait pour le Jazz Day !

Parmi les musiciens cobayes volontaires on reconnait Ken Malaisé, batteur ; Anneliese Kalbe, pianiste ; Nathalie Nardone, saxophoniste ; Elina Jones la  chanteuse vue précédemment ; un chanteur ; Antonin Stival, guitariste ; et d’autres qui arriveront par la suite.

L’hypnose ça ne se fait pas en claquant dans les doigts contrairement aux croyances populaires. Alors les deux hypnotiseurs, Max et Charlie, ont « mis en condition » les différents musiciens, cela consiste en une modification de l’état de conscience, une désinhibition afin de déverrouiller la créativité spontanée. Ce qui a pris une bonne heure. (Pour patienter, j’ai fait une escale à l’Alliance Française voisine, mais ça c’est Laurent Brun qui l’évoquera). Une fois la troupe prête, elle se présente sur scène. Sept musiciens qui n’ont jamais joué ensemble. Max et Charlie les replongent dans leur « bulle » et puis désignent par un attouchement chacun à leur tour les musiciens pour les faire rentrer dans le jeu. Antonin Stival, le guitariste se lance, une note douce, bluesy, reprise par la batterie de Ken Malaisé, la basse de Théo et le piano de Anneliese Kalbe. L’entente se fait calmement et naturellement. Les sept se retrouvent ensemble. Les « bulles » fusionnent et le résultat n’est pas sans rappeler la musique psychédélique des années 70 (Tangerine Dream, les Floyd, …) et ça dure… eux ils ont l’air heureux.
Le lendemain du concert Ken me confiera « J’ai ressenti comme un apaisement et relâchement du mental et du corps, comme après une séance convaincante de méditation … J’étais très concentré sur les sons autour de moi et sur mes sensations corporelles… Pendant le concert, j’étais en état de décontraction totale au début et très à l’écoute du moindre évènement musical qui pouvait se passer … Mais les consignes trop précises à mon goût des hypnotiseurs m’ont sorti de cet état. … Expérience à refaire, avec moins de musiciens et une séance d’hypnose approfondie juste avant de monter sur scène »

Changement d’ambiance. On s’envole au 32ème étage du “crayon” pour aller écouter du Gainsbourg avec le très joli duo Sheebam (Damien Gomez et Vanessa Dumont) une voix, un sax baryton et quelques effets bien maîtrisés. Le résultat est bien agréable. Et puis les chansons de Gainsbourg on les a un peu dans le sang. Et on les aime.

On redescend, direction la Confluence pour découvrir la “restitution d’une résidence de 45 ans”, c’est à dire les retrouvailles de Jacques Bonnardel, batteur, et de Jean Bolcato, contrebassiste et du “petit jeune” Fred Roudet à la trompette et au bugle.
Ici point de standards ou de bop connu. C’est une zone de découverte et d’exploration. Là un thème orientalisant, ici un sylvestre (Les platanes) puis des anonymes.
Une musique à ouïr (comme dirait Denis Charolles), qui fait la part belle à la liberté « encadrée »Modification de l’état de conscience, désinhibition afin de déverrouiller la créativité spontanée. Jean Bolcato se montre toujours aussi facétieux. Fred Roudet est capable de nous livrer du velours comme des bruitages surprenant. Jacques Bonnardel, concentré à son max comme d’habitude se lâche sur quelques chorus bien variés.

Fin de soirée à Limonest pour ce qui est probablement la plus belle organisation autour du Jazz Day.
Le conservatoire de Limonest et ses partenaires (les communes de Limonest, de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, de Saint-Didier-au-Mont-d’Or, de Collonges-au-Mont-d’Or et leurs écoles de musique) ont joué le jeu à fond et profitent de la toute nouvelle salle de l’Agora (262 places en gradin ) et de ses dépendances. Pour l’occasion ils ont développé une marque « Jazz Day in Monts d’Or » et l’ont décliné en tee-shirts (pour tous les musiciens), en gobelets réutilisables, en posters mais aussi en vins locaux.

Un succès inespéré avec plus de mile deux cents réservations ! Bilan, la soirée a été découpée en quatre parties distinctes. Autant dire que toute l’équipe était sur les rotules et sur un petit nuage, en particulier Arnaud Caumeil, directeur du Conservatoire de Limonest et « puissance invitante » qui fait office de Monsieur Loyal (et de technicien de scène).
Sur la scène pas de grande vedette pour justifier d’un tel succès. « Simplement » les professeurs avec leurs ateliers. Ateliers d’instruments, d’arrangement, de chant, d’improvisation, de big band, de manouche, … bref tout ce que forme les conservatoire de Limonest  et les trois autres s’est retrouvé dans un ou plusieurs combos. Au total plus de deux cents musiciens, douze professeurs et une belle équipe de dix-huit bénévoles pour accueillir, placer et abreuver tout ce public.
Un gros travail pour chacun depuis la rentrée de septembre avec à la clé cette méga-soirée de restitution.
L’horaire n’a pas été tenu mais qu’importe tout le monde était heureux de jouer et d’applaudir jusque tard (un marathon de plus de cinq heures dans le marathon du Jazz Day).
Le final fut très swinguant avec le Big Band dirigé par Stéphane Rivero qui a invité sur un morceau David Bressat présent dans le public (et ça , ça n’était pas au casting).
Minuit passé, il y a encore des courageux pour la jam session dans le hall, dont l’équipe de Yaya Five.
L’année prochaine « Jazz Day in Monts d’Or » se fera à Collonges-au-Mont-d’Or.

 

Ce Jazz Day dans la grande métropole de Lyon devient réellement un événement incontournable de notre calendrier.

Ont collaboré à cette chronique :

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