(69) RhôneJazz à Cours & à Jardins

08/06/2018 – Piano, pianos à l’Hôpital de Fourvière pour Jazz à Cours & à Jardins

Qui va piano, va pianos !

Frank Avitabile, en charge du jazz au CRR, vient en voisin ouvrir la soirée piano(s) d’ « À Cours et à Jardins » rêvée par FD’A depuis des années… L’enfant du pays aurait joué dans les jardins de l’Université Lyon II, si une pluie vespérale n’avait imposé un repli vers l’auditorium de l’Hôpital de Fourvière. Bien à l’abri, chacun a pu savourer cette heure chaleureuse à l’oreille, du premier au dernier rang, grâce au son, toujours impeccable, mixé par Gérard, secondé de Clémentine et Jeff.  Autour de nous, les œuvres de la plasticienne oullinoise Carmen Levilly invitent nos yeux à d’autres imaginaires. L’ancien élève de Mario Stanchev a préparé un conducteur dont, en bon jazzman, il s’empresse de s’éloigner pour nous donner à entendre des thèmes joués avec brio. Il demande même au public quatre notes (mi-la-ré-fa) qui deviennent une composition instantanée avant d’entamer sa version (non définitive !) du Déserteur de Boris Vian puis du Smile de Charles Chaplin. Tout en finesse, aussi à l’aise dans son toucher classique que dans sa maîtrise du swing, le gaucher captive l’auditoire jusqu’à un ultime rappel suggéré par le public : Monk ! C’est avec un supersonique Bemsha Swing qu’il conclut cette brillante prestation.

François Raulin et Stéphan Oliva s’installent à cour et à jardin, face à face, séparés par les imposants demi-queues Yamaha. Forts d’une complicité plus que vingtenaire, les deux pianistes commencent avec Cher Martial, suite de leur pair « père » Martial Solal, arrangée par François Raulin. Sa composition Lettre à Emma Bovary précède Télégrammes, avec Ligeti Poursuite de F.R. et Morpion de Paul Motian arrangés par Stéphan Oliva.  A Randy Weston de F.R. évoque le grand pianiste américain. Lettre à Jean-Jacques Avenelde F.R. rend hommage au regretté compagnon de route contrebassiste. Tango Indigo (de Stravinsky À Ellington) de S.O. et le traditionnel  Sometimes I Feel Like A Motherless Child, arrangé par S.O., avec une pensée pour la chanteuse Linda Sharrock, concluent ce tour d’horizon d’extraits de l’album Correspondances paru en 2016. Issu de leur premier album en duo  Tristano (1999), Lennie-Bird de Lennie Tristano annonce la fin du concert qui s’achève en surmultipliée par Fast and Furious incluant deux thèmes de Duke Ellington et Billy Strayhorn : Tonk pendant lequel F.R. rejoint S.O. sur le clavier de cour avant de retrouver celui de jardin pour enchaîner Lots O’ Fingers. Se répondant, s’écoutant, échangeant des regards, fermant les yeux, le duo n’est jamais un duel, mais une addition de talents qui multiplie les possibilités des deux claviers, heureusement, pas toujours tempérés…

Six mains, soit trente doigts, se sont promenés sur les cent-soixante-seize touches, six pieds ont actionné les six pédales des deux pianos pendant plus de deux heures. Le mauvais temps a suspendu ses caprices… Par les baies vitrées, on revoit le ciel bleu, il fait encore jour…

« À Cours et à Jardins » 2018 a entamé son ultime weekend jeudi, sous la pluie oullinoise, avec le généreux et talentueux quartet de la saxophoniste allemande Alexandra Lehmler qui n’a pu jouer que trente minutes et sans sonorisation. Les pianistes français ont eu plus de chance… entre les murs de l’accueillant Hôpital de Fourvière. On reviendra !

Ont collaboré à cette chronique :

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