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03/07/2018 – Santana au Printemps de Pérouges

Un chicano dans la pampa

Première des quatre dates françaises (dont seulement trois festivals) de la tournée Divination Tour du mythique guitariste mexicano-américain, le concert organisé par le Printemps de Pérouges avait des airs de mini-Woodstock (toutes proportions gardées…) mardi soir. Près d’un demi-siècle après l’inoubliable prestation de Carlos Santana (il n’avait que 22 ans en ce 16 août 1969), je me pince en réalisant qu’il est là, à trois kilomètres seulement de ma maison ! Le site du Polo Club de Saint-Vulbas est vraiment impressionnant et idéalement agencé par des équipes aguerries. De mémoire  de critique musical, jamais je n’avais vu scène aussi gigantesque installée dans l’Ain. Le PIPA (Parc Industriel de la Plaine de l’Ain) transformé en vaste pampa pour recevoir le chicano guitar-hero et quelque huit mille aficionados, ça a de la gueule ! Le mystique Devadip (œil de Dieu, comme l’avait baptisé un gourou indien) semble béni du ciel puisque les nuages annonciateurs d’orages s’effilochent au loin et nous gardent au sec sous un divin 24 degrés.

Déluge percussif

Le seul déluge à s’abattre sur nous sera celui des percussions lors de l’intro du show, tribale et fracassante. Je me souviens de mon premier concert de Santana sur l’aérodrome du Bourget en 1981 où déjà ces faramineuses percussions m’avaient marqué. Avec ici une batteuse de choc, Cindy Blackman – madame Santana à la ville- entourée de deux autres frappeurs mirobolants (Paoli Mejias et Karl Perazzo) ça l’est tout autant pour nous rappeler que le Mexicain fut l’un des premiers à fusionner le blues-rock aux rythmes latinos, comme le prouve ardemment ce Soul Sacrifice en forme de salsa démoniaque, suivi du non moins connu Jin go-lo-ba. Pas le temps de souffler que voilà A Love Supreme, hommage à John Coltrane où la féline Cindy, agile panthère noire, soutient le solo de trombone tenu par Ray Greene, l’un des deux chanteurs avec Andy Vargas. Sosie de Seal, Greene va d’ailleurs nous époustoufler par son incroyable maestria vocale tout au long du show dont il sera l’une des grandes révélations. Survient une intro aux claviers dont le son de B3 nous ramène justement aux fameuses années 70 (d’autant que des écrans vidéos nous diffusent des images live de cette époque), avec l’immanquable Black Magic Woman, surnom que l’on pourrait donner à la batteuse tandis que son illustre mari manie sa guitare avec la souple et légendaire dextérité qu’on lui connaît.

Fusion latino-rock

La sono a beau être énorme pour l’un des plus grands guitaristes de la planète, force est de constater que le maestro -chapeau de gaucho, fute en cuir et tunique chicano marquant son embonpoint- ne joue pas plus fort que ça. Oye, come va ? Bonne question, pas mal merci semble répondre le public aux anges lors de cette salsa cubaine qui a fait se trémousser toutes les pistes de danse du monde, notamment en Europa, titre phare du guitariste et imparable slow sur lequel nous avons tous roulé nos premières pelles d’ados. Les nappes de synthé enrobent de volutes psychédéliques LE fameux solo de guitare tandis que la basse tenue par Benny Rietveld développe son groove mirifique. Le son est somptueux tandis que le pianiste David K. Mathews reprend la main de façon nettement jazzy avec des ondulations soul et R&B propices aux vibes aussi étincelantes que déchirantes de Ray Greene. Sans transition, on change radicalement de tempo pour le passage le plus rock du concert, strié des riffs et longs chorus des guitares de Santana et de son double Tommy Anthony, maître de la wah-wah, pour déboucher sur un clin d’œil rigolard au I can’t get no ! des Stones. Un blues très cool fera office de pause dans cette continuelle frénésie rythmique avant d’enchaîner la « cubanissime » salsa Mona Lisa au très attendu Maria Maria, hit au groove funky irrésistible livré en version très actuelle, entre rap et hip-hop, par les deux faramineux vocalistes.

Let’s go crazy !

Déjà près d’une heure trente de show quand la star du jour prononce ses tout premiers mots ! Pour un message très humoristique dont la devise sonne comme un conseil de liberté : « Let’s go crazy with your life ! » lance le Mexicain  de 71 ans qui pète le feu et s’amuse sur le bien nommé Foo Foo. L’ingé son a dû prendre le message à la lettre car la sono prend des tours et envoie radicalement la purée, un peu trop sur ce coup -là. Signe que l’on approche de la fin, les watts s’emballent encore et celui qui aura durant cinquante ans goûté à tous les genres musicaux vire dans une fusion d’enfer proche du hard-core, épaulé par une basse tellurique. La présentation des musiciens donnera lieu à deux moments forts, d’abord avec un solo d’anthologie de dame Cindy (quelle énergie après déjà deux heures d’effort !), puis avec la reprise de Roxane au chant par le second guitariste Tommy Anthony, pur sosie vocal de Sting ! Après cette flopée de tubes ininterrompus de Santana, c’est tout de même le comble que le public se mette enfin à chanter pour la première fois… sur un morceau de Police ! Une dernière montée de température avant la route, portée justement par la reprise de Fever, bien de circonstance pour cette fiévreuse soirée qui restera en tout point inoubliable.

 

Ont collaboré à cette chronique :

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