(38) IsèreJazz à Vienne

08/07/2018 – Hermeto Pascoal & Grupo au Théâtre Antique

Hermeto Pascoal « Le plus impressionnant musicien du monde » selon le mot de Miles Davis, a donc joué sa musique au théâtre de Vienne. Il suffit d’ailleurs de l’entendre et de le voir pour comprendre immédiatement que ce musicien si mal connu en France, n’a  plus besoin de la caution des années 70 du grand Miles (cf leur disque en commun Live-Evil), et peut remuer le cœur des foules. Une telle énergie, une telle vitalité, un tel foisonnement dans la création, le jeu l’improvisation, ne nous révèlent qu’un centième du talent de cet éternel enfant, ce génie de la nature, cet autodidacte de quatre-vingt-deux ans, qui dessine des nénuphars à la place des clefs de sol, qui invente son langage musical dans une écriture ou le son et la forme s’épousent et s’ensemencent ;

Ah le concert ! Tant attendu par Ewerton, ses amis et tant d’autres! Enfin Vienne se réveille et le public  vibre !

 

« O Bruxo des sons », (le sorcier des sons) ne joue pas avec un « gang ». Il joue avec un « grupo » a géométrie variable,  A géométrie variable , comme les instruments dont il tire des cris et des larmes. Il n’est pas seulement connu pour être multi instrumentiste (mais peu hier soir !) : claviers, guitare, flûte, bandonéon, percussions, saxophone, et quelques cuivres. Il transforme tout objet en instrument de musique, tout ce qu’il touche devient musique ; un canard- en plastique ou non-, une théière, un goulot de bouteille (regarder à ce sujet la scène magnifique de « Musica da lagoa »)

Parmi ces musiciens : André  Marques au piano,  Jota P. aux saxophones et flûtes, Itiberê Zwarg à la basse et au chant, Ajurina Zwarg à la batterie, et Fabio Pascoal aux percussions : le grupo ? Une famille,  une communauté de musiciens.

Je serai bien en peine de vous donner la « playlist » de la soirée. Les titres de la soirée eux aussi, « ne se sont jamais baignés deux fois dans le même fleuve, ou ce n’était pas la même eau », et subissent cet héraclitéisme vertigineux et volcanique qui emporte l’œuvre d’Hermeto. La musique bouge, et les titres valsent.

Danse incroyable que ce concert, ou se succèdent des thèmes tous plus échevelés (et barbus, faut pas croire : structure de roc des compositions, changements de tempi concertés et déconcertants…) véloces et féroces, improvisations bouillonnantes et virtuoses de chacun des musiciens du groupe : ah le chorus d’un pianiste hypersolide et halluciné ! Et celui de Jota P.  aussi bien au soprano qu’à la flûte picolo. Ah ce concert de cochons couineurs (et même une pintade !) de Fabio ! Cela danse sans cesse, c’est du frénétique maîtrisé ! Et la présence dés le début du concert d’une danseuse magnifique, toute en contorsions déglinguées, en frémissements, en grâce et en acrobaties , est significatif : l’abolition de toutes frontières est la visée finale de la musique, initiatrice de vitalité et de paix. Il n’y a pas à se demander si le bison bondissant sur les parois de Lascaux est une œuvre d’art, un procédé utilitaire (se rendre la chasse favorable) ou le résultat d’un geste sacré. Ces distinctions sont anachroniques, elles n’existent pas pour l’homme du paléolithique. Hermeto, à l’énergie tellurique, est un enfant assumé et cultivé, un archaïque délibéré (arkhé, c’est ce qui est au principe, ce qui est vital). Il pratique un art pour lequel les distinctions admises (maîtrisées par Hermeto faut pas croire !) ne sont pas nécessairement pertinentes dans le processus créatif et expressif : le cri, le bruit le son font également florès, la musique est chorégraphie et peinture. Un concert, est à défaut de pouvoir être un banquet, un moment ou Hermeto célèbre le vin. Une bouilloire, remplie ou non d’eau est un instrument de musique et Round Midnight perd un peu de son pathétique : l’eau appelle le feu, la terre s’élance vers le ciel, et l’élémentaire, « l’élémental » se fait droit de cité. Le public est appelé à chanter, à régresser en poussant à son tour des cris, et la thérapie peut être délivrée. Le rire et la joie triomphent. Hermeto a gagné parce que la vie a gagné. C’est le musicien sorcier ( O bruxo) le champion des nobles (O campéao) causes, s’opposant à la construction du barrage de Belo Monté, avec le chef indien Raoni. Il peut tenir des conciliabules avec ses musiciens durant le chorus d’Ajurina ; il peut aller encourager l’un et l’autre extrêmement sollicités par le maître et des compositions exigeantes. Il peut laisser aller la vie.

Hermeto Pascoal: piano, clavier, flûte ; Fabio Pascoal: percussions ; Itiberê Zwarg: basse, voix ; André Marques: piano ; Jota P: sax, flûte ; Ajurinã Zwarg: batterie

 

Voir aussi la chronique de François Robin sur son blog


Hermeto Pascoal. La symphonie des jouets


« Haben Sie eine Trompete in G? » Pour la énième fois, mon père répète la question, écumant en vain les magasins de musique de Munich. C’est qu’il a été investi de cette mission d’importance par une amie religieuse : compléter son instrumentarium « Orff » pour monter avec des enfants la Symphonie des Jouets. Et sur la transcription du génial compositeur et pédagogue munichois, il y a cette portée, au milieu des flûtes et carillons: « Trompete in G ». Mon père comprendra en rentrant qu’il aurait pu trouver cette merveille dans le premier bazar venu, un de ces coincoins en plastique fluo vendu pour deux francs. […]

Ont collaboré à cette chronique :

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