(38) IsèreJazz à Vienne

13/07/2018 – Sofiane Saidi & Mazalda au Théâtre Antique

Pas facile pour un artiste de passer dans ce magnifique théâtre antique, dans ce cadre si prestigieux de Jazz à Vienne et jouer devant un parterre plus clairsemé. C’est un peu comme si on vous promettait la lune dans toute sa rondeur et qu’au final vous avez à peine un petit croissant de rien du tout. Enfin on me donnerait le quart du tiers de ce croissant là que je le prendrais avec grand appétit. C’est ce qu’ont fait Sofiane Saïdi et le groupe Mazalda et les aficionados qui dansaient devant ne se sont pas trompés. Habitués aux afters, remontés comme des ressorts et disponibles pour la musique à tout heure du jour et de la nuit. Cette musique, c’est de la balle, du tonus en barre, de la poésie à foison, de l’énergie à revendre et surtout une bonne dose de générosité. Tout ce qu’il faut pour se tenir debout. En grande forme.   

Que dire de Mazalda ? Peut-être relire ma chronique sur Jazz-Rhone-Alpes.com en mai dernier pour la sortie de leur CD El Ndjoum. Les musiciens se connaissent par cœur et sont d’une grande cohérence. Tout ce qu’ils touchent se transforme en or musical. Avec humour et auto dérision, les musiciens de Papanosh se définissent comme « les pèquenots du jazz ». J’emploierais volontiers cette expression, « pèquenots du world » pour Mazalda. En apparence, pour un néophyte, ça n’a l’air de rien, c’est un peu artisanal avec des machines des années 80, cela fait recyclé. Si tu regardes de près, c’est une bombe à retardement, une machine à swinguer et à danser, un organisme vivant, vibrant, un ogre qui dévore toutes les influences du monde entier et qui en recrache le subtil, le substantifique groove. Rien dans ce qu’ils ont fait ce soir n’est laissé au hasard du beat, par contre tout peut être prétexte à improvisation et c’est là leur génie. (Relisez le bel article de Bernard Otternaud sur Hermeto Pascoal, et appliquez sa formule aux Mazalda, je cite « du frénétique maîtrisé »)

La voix de Sofiane Saïdi, sa prestance, sa performance est à tomber par terre. C’est un artiste qui donne, qui s’implique, et qui a une relation chaleureuse avec son public. Quant à Mehdi Haddab, son jeu à l’oud se marie à merveille avec l’ensemble. Les musiciens ont en commun la connaissance du mbalax et des grooves afro, orientaux, du rock et du funk urbain.

On peut se situer à différents niveaux d’écoute dans un concert comme celui-ci, on peut y trouver matière à danser, on peut être ému par la musique elle-même, on peut entendre, comme dans le disque, des perles musicales qui font de cet ensemble l’un des groupes phare de la musique world actuelle. Pour ceux qui n’y étaient pas, écoutez le disque. Pour ceux qui y étaient, sous les étoiles, ce fut un vrai délice.

 

Ont collaboré à cette chronique :

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