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19/07/2018 – Frédéric Monino « Around Jaco » au Festival du Crescent

« un autre Weather Report »

Ils sont assurément un certain nombre de par le monde à faire vivre la musique de Jaco Pastorius. Certains l’auront vu, au moins une fois en concert, d’autres ne peuvent se contenter que des disques officiels et pirates, des vidéos et des méthodes d’exercices, mais c’est déjà pas mal…

Prenez deux des plus intéressants, expérimentés et respectés des musiciens de l’hexagone même élargi, dirigés par un bassiste virtuose en troisième larron tout aussi respectable, ayant toujours dit son respect pour le génial bassiste, compositeur, leader… et qui, pour cette tournée se contente pourrait-on dire de la formule du trio, ils forment « Around Jaco ». François Laizeau est un batteur aussi dynamique et inventif que subtil et délicat, aussi à l’aise au centre d’une formation big-bang que pour un small gang, il est un peu notre Peter Erskine et l’on sait la fidélité qui unissait Peter et Jaco jusqu’à cette fin tragique et lamentable. Emmanuel Bex est, nous le savons parfaitement, l’un des plus singuliers des organistes du moment, touche à tout virtuose, dépoussiéreur en chef de l’Hammond B3, il ose des sons et des développements uniques et inconnus et Frédéric Monino maître de l’U-basse (fretless ou pas) équipée de cinq cordes de la maison Leduc (un gone authentique…) est finalement peut être celui que nous connaissons le moins tellement il est discret.

Dès les premières mesures, l’univers est parfaitement reconstruit, revisité (décidément ce mot est vraiment tendance) oui « Jaco is still alive » sous l’impulsion de Frédéric, mais pas que… Comme pour respecter une certaine chronologie, Bright Size Life ouvre les bans, en 1975, sous la direction d’un certain Pat Metheny, un trio de jeunes musiciens allait marquer définitivement le jazz en lui donnant des directions nouvelles, Jaco en était. Forcément la basse est très en avant, elle donne le rythme, elle dit les thèmes avec cette délicatesse absolue de jouer scrupuleusement sans pour autant copier les originaux. C’est évidemment l’esprit de cette basse magistrale qui assure en permanence et simultanément le rythme, les basses fondamentales, les mélodies et les harmonies. Est- ce par ce qu’il joue avec une corde de plus que Frédéric pourra se permettre des excès de vitesse que ne tentait pas Jaco ? Là n’est pas la question et en tous les cas je ne sais pas. Il est certain en revanche que Frédéric Monino n’est jamais ennuyeux même si toutes ces compositions, nous les connaissons par cœur, elles sont réarrangées, sa basse est lyrique, originale aussi, c’est sans doute ça aussi la « french touch » et notre sourire n’est que l’expression d’un plaisir ravivé, rajeunissant, sans ride aucune. Compositions originales pour Weather Report et celles pour ses propres formations : Liberty City, Speak Like A Child (là c’est d’Herbie Hancock), Portrait of Tracy, Teen Town, Continuum, Used To Be A Cha Cha, Barbary Coast, etc… elles seront toutes également boostée par la « folie » communicative du claviériste et show man que l’on adore, un brin démonstratif, il est aussi l’esprit loufoque de Papa.

p.s. et si vous ne l’avez déjà, je vous recommande particulièrement ce double CD récent d’un enregistrement live qui n’avait pas été publié. Préfigurant les sessions Aurex du Word Of Mouth Big Band, enregistré à l’Avery Fisher Hall de N.Y.C. en juin 1982, ce concert est une espèce de répétition générale : « TRUTH, LIBERTY & SOUL », label Resonance, ref : HCD 2027

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