(26) DrômePoët Laval Jazz

20/07/2018 – Paul Lay « Billie Holiday passionnément » au Poët-Laval Jazz

Paul Lay, qui jouait en première partie avec Géraldine Laurent, était le bienvenu pour le deuxième set de cette soirée du 20 juillet. Lui qui accumule aussi les prix (de la Défense, de Montreux, Martial Solal, De l’académie Charles Cros, Prix Django aussi en 2015). Il fait partie de ces jeunes musiciens talentueux que l’on aime aller écouter.

Sa tournée (depuis trois ans en fait, au milieu d’autres projets), ces jours-ci, rend « passionnément un hommage à Billie Holiday ». Et personne ne lui en tiendra rigueur! Olivier Garouste fournit pour raconter la vie et la carrière de Lady Day des images d’une époustouflante beauté !

Paul a été un élève de Ricardo del Fra. Mais c’est surtout aujourd’hui un créateur. Ecoutez sa belle composition A Letter pour vous convaincre de sa sensibilité! Jazz romanesque et jaillissant à la fois, musique bien actuelle et pleine de séduction.

Hier au soir, nous avons été surtout pris comme les spectateurs et toute l’équipe des bénévoles du festival de Poët-Laval, par la richesse du jeu de Paul. Ce jeune homme d’une trentaine d’année, sait tout jouer : que ce soit le piano stride, le rag, des plans à la Art Tatum ou bebop le plus échevelé. les atmosphères impressionnistes, l’utilisation d’un piano orchestral, les mains gauches puissantes et toniques, ou tout simplement porteuses d’une mélodie en contrepoint. Nous avons pu ainsi entendre quelques thèmes magnifiques de Billie, Strange fruit en premer lieu, et puis un Chick to chick assez grandiose par la richesse de son interprétation. Ainsi qu’un Caravan décoiffant et passionnant. Pour glisser de jolies et fraîches phrases sur les images d’archives (par exemple ce Do you know what it means to miss New Orleans), Paul n’a pas son pareil.

Pour le projet « Billie Holiday, passionnément », nous ne pouvions rêver d’un jeu plus complet, plus intelligent au service d’une biographie riche, complexe difficile par ses différents aspects. Ascension et tourments d’une carrière exceptionnelle qu’évidemment nous ne retraçons pas ici. L’accent sur le rôle de Billie Holiday dans la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis, fait de ce spectacle un outil pédagogique plus que nécessaire aujourd’hui, et heureusement bien employé. Mais jamais assez !

Les images d’Olivier Garouste, sont stupéfiantes par leur construction, leur emboitement et mouvement incessant leur flux, leur dynamisme.Images sur lesquelles se superposent graphismes et autres formes significatives. L’histoire racontée souligne au delà du cas Billie, une genèse en humanité toujours à recommencer. Puisque de l’aube de la vie sur terre, à la société industrielle inégalitaire, où se côtoient le luxe et la misère, le génie créatif et l’indigence sociale, le combat pour la vie, le combat pour l’émancipation des peuples et la libération des personnes est toujours à reprendre.

La complicité d’Olivier et de Paul, fait de ce spectacle-concert un moment tellement riche en émotions que nous sommes comme suspendus, le stylo ou l’appareil photo en déroute. C’est très bien ainsi.

Ont collaboré à cette chronique :

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