(26) DrômePoët Laval Jazz

22/07/2018 – Laurent de Wilde Trio au Poët-Laval Jazz

Laurent de Wilde, piano ; Jerôme Regard, contrebasse et Donald Kontomanou, batterie

Ah, je me souviendrai longtemps de ce Laurent de Wilde stupéfait  et heureux de jouer il y a quelques années Killer Joe, Whisper not et  I remember Clifford dans un petit club Lyonnais [NdlR: La Clef de Voûte] avec Benny Golson en personne (voir ici) ! Si simple, si généreux, si délicieusement disert! C’était un événement à la mesure de son esprit d’enfance, de son admiration pour les aînés, de son intelligence de la musique et de l’histoire du jazz! Et surtout , quel régal! Comme un petit miracle. Provoqué bien sûr!

Et quelques années plus tard au festival de jazz de Saint Fons, où il a tenu le public en haleine avec des histoires de sorciers africains, et le récit des absences et corruscations de Monk . Enthousiaste et intelligent, sensible et chaleureux, le philosophe de formation, l’auteur de Open changes (prix Django en 93) et d’une (la!) biographie passionnante de Monk (prix C. Delaunay et prix Pelléas) est venu à Poët-Laval

Ce que nous dit la présentation officielle : « En 2017, à l’occasion du centenaire de la naissance de Thelonious Monk et vingt ans après la publication de Monk, paraît « New Monk Trio », un disque en trio en hommage au pianiste. Accompagné de Jérôme Regard et de Donald Kontomanou, Laurent de Wilde y revisite le répertoire de Monk : Modifications du tempo original, altération des formes, éclatement des harmonies, rapprochement de plusieurs mélodies dans un seul morceau furent quelques-uns des outils à ma disposition ». 

Ce travail lucide et conscient de lui-même, auprès du public de Poët-Laval fait un malheur, ce 22 juillet 2018. D’abord le festival est obligé de refuser du monde. Ensuite  le public archi motivé, pratique une écoute plus qu’attentive

Concert enchanté et enchanteur.
Pour commencer, Misterioso, un Blues de Monk en si bémol ; Laurent explique, pourquoi si bémol est la tonalité de Thélonious Monk. Après une rapide évocation du contexte historique de sa naissance, le 10 octobre 1917. A  la révolution rouge en Russie, il oppose la révolution noire qu’est Thelonious Sphere Monk, qui est né avec ce patronyme… et en si bémol: il est « tombé dans le jazz », comme d’autres dans des chaudrons ou en amour. Jazz qu’il a révolutionné en participant grandement à la révolution du be-bop. Laurent joue passionnément un thème en si bémol, auquel Monk a donné le nom Thélonious. Le groove de Jérome et Donald est intense, dansant, émouvant. Les marquages rythmiques du trio sont une jubilation. Laurent et son New Monk trio vont nous tenir en haleine le concert durant.

 Une ligne de basse obsessionnelle sur un tempo médium, et c’est Round midnight  que l’on n’attendait pas avec ce visage. For and one, joué en shuffle, l’importance de la baronne Panonica, mécène et protectrice du musicien et de tant d’autres, chez qui Monk, vit reclus et muet les cinq dernières années de sa vie. L’importance de l’Hudson qu’il faut traverser pour aller chez la baronne de Panonie, dont le nom, fut épinglé, par un père collectionneur de papillons. L’évocation des origines de titres étranges de certains thèmes de Monk ; Well you need’nt,etc.

La biographie -noire parfois- de Monk ne peut être l’objet d’une petite chronique. Laurent la raconte merveilleusement bien  et joue Monk sans en respecter la lettre de manière scolaire. Il apporte sa touche de créateur. C’est mieux, non? Il ne choisit pas nécessairement les titres les plus connus, mais parfois des thèmes plus rares, comme celui qui raconte le tortillard dans les Appalaches. Nous nous replongerons volontiers dans l’œuvre de Monk et le livre de Laurent. Avouons  nos lacunes.

Laurent fait chanter le public sur un thème de quatre mesures, le plus court de l’histoire du jazz et le plus long à enregistrer. Résistance de Monk au système d’exploitation des musiciens de couleur par l’industrie blanche du disque? Pathologie? Et bien d’autres choses, allez savoir! Tout cela à la fois.

Mister Monk! Mystère Monk. Misterioso.

Debout à la fin  du concert le public ovationne et rappelle le trio. Le public est heureux, c’était le but! Pas mal, non?

Ont collaboré à cette chronique :

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