(73) SavoieBatÔjazz

18/08/2018 – D’Zic Trio au Domaine de Veronnet à Serrières en Chautagne pour BatÔjazz

“Le narcissisme généralisé fait de chaque être
une  fleur et de chaque fleur un être conscient.”
Gaston Bachelard

 

Splendeurs du mois d’août ! Quand les promesses de vendange sont bonnes, les récoltes musicales émouvantes dans leur simplicité, leur drôlerie et leur humanité; quand le Domaine de Véronnet  à Serrières en Chautagne accueille pour une soirée et dans un délicieux jardin en terrasse, rafraichi par un bel acacia, le BatÔjazz ; et que le BatÔjazz, toujours pertinent dans ses programmation invite le D’Zic Trio !

Si belle soirée d’août ! Alors que quelques nuages noirs, menaçant d’orages annoncés, ont fui, après avoir rafraichi l’air de quelques rares gouttelettes ; alors que le soleil s’incline de l’autre côté de la vallée, sur les coteaux de vignes, alors que le public a progressivement comblé la petite cour du château, les musiciens s’installent.

Oh, nous avions bien fait connaissance il y a quelques années, avec le burkinabé Wendlavim Zabzonré, originaire de Ouagadougou, mais faisant carrière à Lyon, et nous savions que ce batteur sait tout jouer : le rap, les rythmes de son pays et plus largement d’Afrique, le jazz… et la caution de sa présence avait suffi pour nous inciter à venir écouter ce trio apparemment très hétéroclite. Ecoutez  plutôt: Eric Capone, un pianiste vivant à Grenoble mais qui venait ici aussi avec son balafon (vous savez, cet instrument composé de lamelles de bois et de calebasses pour amplifier le son, très répandu en Afrique qui lui a donné le jour…). Il travaille et joue avec Vim depuis quinze ans déjà. L’idée de s’adjoindre un accordéoniste (Carmine Ioanna)  de Pomteromito (vous savez bien, ce petit village prés de Napoli, pardon Naples – Eric est originaire du village voisin) est venue au deux compères. Et bien leur en a pris.

 J’oubliais: les trois chantent et l’harmonisation de leur cru, de quelques chants traditionnels burkinabé va émouvoir le public.

Pour commencer, quelques nappes de piano (piano électrique Nord), quelques tenues d’accordéon et l’effleurement du tambour bara  (originaire du Burkina Faso) avec les mains et le premier thème traditionnel du Burkina Faso est introduit à la voix par Vim et poursuivi en chœur par le trio. Eric joue la basse à la main gauche et les prodiges d’indépendance des deux mains et sa connaissance des rythmes traditionnels africains, sud américain, d’Europe de l’Est etc. feront merveille. Très vite le thème tourne à l’improvisation de l’accordéon, du pianiste et du batteur : L’idée d’une musique vivante, improvisée, jazz pour tout dire (quelques moments swings acrobatiques) s’impose alors, comme l’ont voulu les trois musiciens (Carmine est connu dans son pays comme un grand improvisateur actuel de l’accordéon jazz). Toute la soirée oscillera entre musique “du monde” et jazz, et  par le choix de ce trio, la distinction généralement établie, avec son lot d’excommunications et d’exclusives, tombe!

Et tombe à pic puisque  les thèmes qui se suivent et dont nous ne savons plus où commencent et où finissent les influences. Alors que le premier thème s’achève par la reprise de la mélodie initiale en langue buore (exprimant la demande que fait l’exilé de venir entrer dans la maison d’accueil), le second thème (trés “chakaponk”) permet à l’accordéon de manifester sa virtuosité, au trio de passer en swing et à Vim de chorusser à sa manière funky-jazzy-africaine. Pourquoi se priver lorsque l’on maitrise plusieurs traditions?

Bien sûr la valse sait swinguer ; et l’appel de la pluie par le balafon, fait venir avec plaisir… le moment du partage du blanc et du rosé du domaine, puisque Jazz’Péro oblige, les plaisirs du palais viennent rejoindre ceux des oreilles.

La qualité de l’accueil dans le domaine, la drôlerie et l’humour des musiciens, la générosité des bénévoles et du patron du festival, Dominique, se confirment, s’il en était besoin. Circulation et partage de quelques plats sucrés et salés, de bonne humeur, nous sommes dans le “food” mais pas dans le “fast”,  et dans le faste des rires et des échanges.

Le second set est à l’image du premier, festif, joyeux, avec quelques  rythmes brésiliens vertigineux, où le public est invité à chanter, quelques compositions un peu musclées , quelques valses originales (dont une composition de Carmine). Et surtout ce moment fort et émouvant qu’est la berceuse burkinabe, reprise à trois voix, et à la fin à capella par le trio.

Le public jubile donc, et à la façon des fêtes campagnardes décrites par Rousseau, “on y danse, on y danse” se reconnaît en son humanité pleine et entière, par la grâce de la musique et la générosité de tous.

Pieuses et belles pensées ricanera quelque lecteur malavisé ? Qu’il apprenne donc un peu à s’aimer!

 

NB : le trio édite un CD vers le mois de mars, sans doute sous un autre nom de groupe. Nous vous en reparlerons!

Ont collaboré à cette chronique :

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