(26) DrômeParfum de Jazz

21/08/2018 – Tatanka Trio à Parfum de Jazz

Tatanka est une belle découverte à mes oreilles. Un jazz enthousiasmant. Je l’aborderai au rythme où le groupe s’est présenté, en petites touches successives. En essayant peut être d’imaginer au fur et à mesure ses principes créateurs.

Début. Trompette tournante, en cymbales lâchées, force l’écoute. Les indiens sont parmi nous. Rythme hypnotique.

S’ensuit une ballade sur arpèges pianotés. L’approche pourrait être classique. Le batteur est un coloriste. Tatanka ose les pièces minimalistes. Le batteur est dans la caresse. Le parti pris semble être celui de la répétition. Souvent, un des musiciens, à tour de rôle,  joue le trublion.

L’inclassable. Les autres restent imperturbables. Tatanka s’amuse du son, des sons, des bruits. Le groupe a le souci de la mélodie. Avec une concentration sans faille. De beaux unissons trompette-piano.

La musique prend son temps pour grimper. Rien ne presse. On entend parfois de petits bijoux enfantins, des airs qui viennent de loin. Comme ce son de trompette, en retrait, pris dans les limbes d’une réverbe ouatée. Pluie de notes et intérêts pour les détails ciselés.

Le piano se déstructure, redevient consonnant. J’entends un beau collage contemporain d’une grande cohérence, où comment intervertir les rôles dans le groupe, mélodiques, rythmiques, tout en restant toujours à sa juste place.

La batterie opte pour un chantier métallique, batterie organique. Si ce qui se joue peut faire penser une seconde à une expérimentation, je pense qu’on est au contraire dans un abouti impressionniste revitalisant.

La trompettiste est d’une sureté de jeu, mélodie comme impro.

D’eaux (Do !). Un cheval hennit. Il y a du relief. Du lointain. De l’ici et maintenant. Musique atmosphérique composant des paysages clairs obscurs. La voix s’en mêle. Rebonds. La trompette est boostée. Le piano et la batterie s’imposent. Puis réintègrent l’espace. On ne sait plus qui est qui, de la voix ou de la trompette. Les voix s’emboitent pour une danse folle où le xylophone et le piano s’entrecroisent. Entre musique traditionnelle et complexité. Pas de linéarité, juste des échos de l’enfance. Coucou Alfred Spirli.

Fin. La musique est un tableau changeant où s’inscrivent tour à tour les traces des uns faites de ratures, de fulgurances, de limpidité, d’étrangetés post modernes, de doux moments poétiques, dans un mélange hyper cohérent où la mélodie gagne à tous les coups, nos corps et nos cœurs.

Du grand art.

 

[NDLR : dommage que le lighteux appointé par le festival, engoncé dans ses certitudes, ait fait preuve d’incompétence tout au long du concert en plongeant les musiciens dans un bleu intense ou en faisant bouger les lumières à contretemps]

Ont collaboré à cette chronique :

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