(74) Haute SavoieImperial

23/08/2018 – “Caja Negra” à l’Imperial Annecy Classic’all Festival

Pour la deuxième quinzaine du mois d’août, c’est au palace annécien IMPERIAL qu’un multi-festival est donné pour sa troisième édition. Spectacles gratuits en fin d’après-midi sur la terrasse de l’hôtel puis payants en soirée dans la grande salle. Trois programmations se croisent, l’une fait place à l’humour, l’autre au jazz et puis il y a la musique classique aussi. Il fallait être très perspicace, voir chanceux pour aller y déceler la présence du « Caja Negra » de Pierre Bertrand. Il faut dire qu’auréolé du Prix de l’album inclassable des Victoires du Jazz 2017, il a sa place n’importe où… Normalement le gang met en musique sous la haute direction du compositeur-leader une bonne dizaine de musiciens/chanteurs, ne serait-ce pas un peu mesquin, voire trompeur de n’en retenir que quatre ? Ils sont convoqués pour le” sound check” à 14h00 ; le pianiste qui n’est autre qu’Alfio Origlio découvre le splendide piano droit tendance art déco qui lui est réservé, il n’est pas accordé… le piano à queue du palace trône lui sur son estrade à quelques dix mètres de là, mais il ne doit pas bouger, alors il faut trouver un piano électrique de remplacement ! Deux heures et trente minutes pour tirer les câbles et sonoriser les quatre musiciens, ils sont véritablement très patients, ils ne joueront qu’une heure et dix minutes…

C’est ainsi que Pierre Bertrand a dû revoir ses arrangements pour s’adapter à cette « boite noire de voyage », des musiciens du gang seul son très complice Alfio est disponible. Pas grave, l’agenda de Gilles Coquard, bassiste, a un jour off, son fils Edouard Coquard, batteur, est disponible également, ils sont des requins inspirés, un coup d’œil aux partitions  et voilà qu’ils font déjà partie de la famille.

Et comme c’est encore les vacances, je vais très copieusement copier/coller une précédente chronique : « Il y a plus de soixante ans que le jazz fricote avec la musique espagnole, Miles Davis et Gil Evans ont montré des voies, celles qui tournent autour du célébrissime Concerto de Aranjuez et celles qui utilisent les codes de la musique flamenco : bulerias, alegrias, soleares… Puis évidemment les « fiestas » obnubilantes de Chick Corea, ses amis guitaristes Al di Meola et John Mc Laughlin nous ferons même découvrir Paco de Lucia, authentique guitariste flamenco qui lui fait le chemin inverse en allant vers le jazz ; Carles Benavent, Chano Dominguez et Martirio ses illustres compatriotes œuvrant dans cette même direction mais restant très curieusement et dramatiquement peu présents sur les scènes françaises. Des espagnolades il n’est nullement question ce soir avec un compositeur et arrangeur discret, reconnu par ses pairs et confrères, auréolé de très nombreuses distinctions mais bien curieusement beaucoup moins par les aficionados et pourtant… Pierre Bertrand est un surdoué des musiques, doublé d’un poly saxophoniste de très grande classe, oui mais voilà, il est tombé dans la poêle à paella flamenca tout comme d’autres de ses confrères français : Louis Winsberg ou Renaud Garcia-Fons entre autres. Nous savons que le flamenco désigne à la fois une danse et une musique qui vont l’une avec l’autre mais pas nécessairement, qu’il est tout comme le blues et la tango, l’expression de tragédies, de souffrances mais aussi l’expression amoureuse de désirs puissants. » 

Ce qui était vrai pour l’orchestre original complet l’est aussi évidemment pour sa version réduite du jour sous une autre forme, parlons de concentré. La connivence est si forte entre Alfio et Pierre que je me concentre sur le travail familial des Coquard ; il y avait bien longtemps que je n’avais vu Gilles sur scène, quel régal ! Cette basse volubile ! seuls les grands savent la faire perdurer avec autant de grâce et de révérence. Edouard est redoutable, les baguettes, les balais, les rythmes sont terribles, en pédagogue aussi Pierre nous parle d’un rythme à 12 temps = 4 – 3 – 3 -2 ; la musique est complexe, ils nous l’offrent avec une aisance déconcertante.

Pierre Bertrand nous aura une fois encore emmené vers sa “spanish fantasy” avec brio, élégance et générosité, j’attends avec une grande impatience de revoir le gang au complet : deux chanteurs, deux chanteuses, deux percussionnistes aussi et un guitariste…

Pierre Bertrand: sax soprano et alto ; Alfio Origlio: clavier ; Gilles Coquard: basse ; Edouard Coquard: batterie

Ont collaboré à cette chronique :

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