(74) Haute SavoieClermont Jazz Festival

25/08/2018 – Fred Hersch Trio au Clermont Jazz

« Un tout autre Weather Report »

Nous avons consulté maintes fois les rapports météo du jour, redoutant la pluie mais c’est finalement le mieux équipé possible pour braver un froid et une bise quasi hivernaux que nous prenons place dans cette cour magnifique. Il était absolument obligatoire d’être à l’écoute de ce trio là… Fred Hersch fait partie de cette catégorie de pianistes que tous s’arrachent ; continuellement remarqué depuis une bonne quarantaine d’année en sideman nécessaire auprès de Stan Getz, Joe Henderson, Charlie Haden ou encore Lee Konitz, Art Farmer, Art Pepper, Toots Thielemans, Billy Harper, la liste est véritablement fastidieuse… Il est aussi l’un des professeurs très demandé des écoles américaine prestigieuses, il a notamment enseigné à Jason Moran, Brad Mehldau, au lyonnais Franck Avitabile ou encore Ethan Iverson, le pianiste de The Bad Plus. Après quelques très graves problèmes de santé, il revient en miraculé : « Je Joue bien mieux depuis mon coma », confesse-t-il. Vous l’aurez compris ce pianiste est, comme ont pu l’être Tommy Flanagan, Jimmy Rowles ou Hank Jones avant lui un musicien discret mais essentiel, fort curieusement il n’est pas la star qu’il devrait être alors, délectons-nous copieusement…

Le Maître est venu avec son trio quasi régulier depuis quelques années déjà, la cohésion sera plus que parfaite de bout en bout. Quelques notes en solo, une ritournelle presque enfantine, il est droit devant l’instrument, son buste reste immobile, ses pieds aussi, il n’utilise pas les pédales, seuls ses doigts parcourent les touches. Délicatesse infime de ses compagnons qui se glissent dans la musique, inventivité de tout instant sur tous les éléments de sa batterie et drive redoutable d’Éric McPherson, sustain virtuose et gros son qui réchauffe de John Hébert. Harmonies délicates d’un clavier effleuré, Fred Hersch nous présentera ses compositions personnelles, elles sont aussi souvent des hommages à ceux qu’il a accompagné ou ceux qu’il respecte tout particulièrement : Monk, Rollins… il redit les maitres compositeurs et à ce moment ses arrangements sont aussi parfaitement originaux : Monk encore mais aussi Kenny Wheeler ou John Taylor dont les sensibilités étaient particulièrement proches des siennes. Des développements harmoniques subtils de finesse et de délicatesse, recherches incessantes qui mènent vers un solo de batterie qui est tout naturellement la plus précieuse continuité de l’improvisation du pianiste, sobriété jouissive. Le trio suit avec beaucoup de personnalité la voie défrichée par Bill Evans, celle d’un trio cohérant où chacun écoute, suggère, porte, c’est un authentique projet commun. Fred Hersch fait l’effort de nous parler en français pour nous présenter les thèmes qu’il aura choisi ce soir et ses musiciens. John Hébert joue sa basse avec une justesse grande de toute l’étendue du manche, les notes sont distinctes et les accords aussi, le swing est brillant sans démonstration aucune. Il est question de finir le concert… Monk est prévu pour le dessert, une improvisation en solo du pianiste amène un Round Midnight dont la masse dans les basses me fait penser à celle que développait Moussorgski dans Les Tableaux d’une Exposition, il est ainsi prouvée une fois encore que le standard de Thelonious n’en finira jamais d’être redit autrement jusqu’à redevenir le thème que nous connaissons bien mais loin des prétendues dissonances, Epistrophy s’est imposé avec le trio retrouvé jusqu’au rappel en solo, mais qui est Valentine ?

Ont collaboré à cette chronique :

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