(73) SavoieBatÔjazz

25/08/2018 – Maxime Bender Quartet au Château de Lucey pour BatÔjazz

 » Nous sommes tous des poussières d’ étoiles » Hubert Reeves

 

 

Dans le ciel de la musique, il pleut parfois ici ou là.  Parfois il y a des nuages qui s’amassent et des orages qui éclatent, mais ce ciel est à tous. L’espace aérien des acrobaties jazzistiques n’est pas prédéfini et formaté à l’avance, lorsque quelques pirates des airs, à l’instar des chevaliers du ciel dans Porco Rosso, se donnent un projet neuf.  Où le plus grand honneur et plaisir est de jouer ce qui fait vibrer l’âme de tous, celle du musicien comme celle de l’auditeur.

C’est bien un tel projet qu’à proposé Maxime Bender (saxophones ténor et soprano -et amateur de manga, semble-t-il) lorsqu’il a invité de prestigieux musiciens comme Vitalyi Zolotov  à la guitare Jeffe Herr à la batterie et Jean-Yves Yung  à l’orgue. Musiciens impressionnants par leurs palmarès .Un jazz fusion assumé ; et  inspiré dans ses compositions par un grand nom comme Wayne Shorter, qu’aucun jazzman actuel ne récusera

Pour l’heure le soleil est revenu en fin d’après midi sur les vignoble de Savoie, et le ciel s’est dégagé: nous sommes allé au château de Lucey, dans le terroir vinicole, afin de rencontrer la formation luxembourgeoise (ce n’est pas la première fois d’ailleurs que le BatÔJazz invite un groupe luxembourgeois, puisque il chausse là les cothurnes de « Savoie Jazz estivales invite le Luxembourg »).

Ah le château de Lucey! Nous y parvenons grâce à cette petite route serpentant dans les reliefs pommelés, entre les vignes. Petite route plus délicieuse encore qu’une route du beaujolais, grâce à ses contreforts montagneux qui s’étirent de la Dent du Chat à la Dent de Vaulion, et au-delà!…

Restons dans les vignes et dans notre sujet. Aprés avoir côtoyé maints châteaux, (Carrell, Dupasquier…nous voilà parvenu au château de Lucey, splendide demeure édifiée sur une maison forte du XIII siècle. Et pour ne pas trop séjourner dans la « Forest de Lucey » et dans l’histoire de ses alliances avec les « Chevelus » (Jacques, Jean, et autre Louis) … Disons que nous sommes accueillis chaleureusement par l’équipe des bénévoles de BatÔjazz, qui a investi la place forte, avec l’autorisation du propriétaire des lieux:

Autres chevelus des temps modernes,parlons des musiciens: le guitariste ce soir, c’est Vitalyi Zolotov (en remplacement de Manu Codja, retenu avec les Frères Moutins), ce guitariste en provenance d’URSS, mais vivant en allemagne et belgique nous a fait trés forte impression. Maxime au saxophone ténor propose un jeu très structuré et des compositions à la fois simples (groove plutôt rock, binaire) et audacieuses, aux  harmonies recherchées. Le batteur Jeff Herr  (en remplacement de Jérôme Klein) est d’une solidité remarquable dans des tempos plus subtils qu’il n’y paraît des ( des 6/4 des 7/4 traversés de marquages rythmiques improbables, suivant la ligne mélodique) . Et à l’orgue Hammond , le complice de quelques années déjà, Jean-Yves Yung, assure à la main gauche la basse bien sûr (et de belles basses bien construites), pendant que la main droite se lance dans des phrases et des rythmes parfois très « out » (en dehors de l’harmonie et du rythme).

L’entre-deux set permet de  faire connaissance avec nos hôtes, le public les musiciens, et de déguster les cépages du domaine : Mondeuse et Altesse, qui ma foi, font plutôt très bonne impression à tous et monter un peu la température. Moment de convivialité, cher au cœur de toute l’équipe de BatÔjazz, et voulu pour ce Jazz’péro.

Les musiciens avaient six heures de route « dans les pattes ». Mais leur professionnalisme leur a permis de nous donner un beau concert, où  différentes figures célestes et différentes caractéristiques de la cosmologie jazzistique se manifestent: Infinity, pour commencer, puisque c’est bien l’immensité qui frappe de stupeur l’esprit qui n’a pas complètement quitté son enfance. Dédié à Wayne Shorter; Hélical puis Dust of light, où les lecteurs d’Hubert Reeves pouvaient reconnaître leur humanité. Le saxophone se fait lyrique, et après une belle descente harmonique, la reprise du thème est martiale!

Les thèmes  (Flow encore, Glow aussi…), sont souvent joués à la guitare et au saxophone, soit à l’unisson, soit dans une ligne à deux voies pleines de surprises, les marquages rythmiques de la batterie, de l’orgue, ou des cocottes de guitare « musclent « le jeu, et l’ensemble sonore est d’une grande évidence, d’une grande clarté, malgré la modernité de cette musique.

Et puisque la folle poésie du jazz fusion et sa forte structuration rythmique se rassemblent, louons ces esprits qui tels Hubert Reeves réconcilient  la science et la poésie, c’est à dire l’homme avec lui-même.

Bref nous avons fait un beau voyage, tant dans les vignes de Savoie que dans le ciel de Maxime Bender et de ses complices, dans un ciel plein de fraicheur et d’étoiles.

 

Merci à Richard Haro pour ses photos

Ont collaboré à cette chronique :

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