(26) DrômeJazz dans la ville

28 au 30/09/2018 – « Jazz dans la ville » à Montélimar

Festival 2018 de « Jazz dans la Ville » – Montélimar – 28, 29 et 30 septembre.

 

De « l’authentique comme s’il en pleuvait… »

 

A Montélimar, l’événement est maintenant attendu. A chaque début d’automne, l’association « Jazz dans la Ville » organise son Festival, dans l’Auditorium Michel Petrucciani, et elle s’efforce, chaque année avec bonheur, d’offrir des affiches de qualité, qui réunissent un public toujours plus nombreux.

Sur trois jours (deux soirées et une « matinée »), on a le temps d’en prendre plein les yeux et les oreilles et surtout, de se laisser emporter par le swing entraînant des diverses formations invitées.

Le vendredi 28, c’est le Harlem Rhythm Band (H.R.B.) qui a ouvert le feu. Six musiciens, Pierre Fournier à la trompette, Ivan Baldet au saxophone, Yvan Lemaire au trombone, Laurent Chofflet à la batterie, Jérôme Chartier à la contrebasse et François Clément à la « guitare Dobro », qui « transpirent » le jazz vocal dans le plus pur esprit Cotton Club, revisitant les univers de Duke Ellington, de Count Basie ou d’Errol Garner, des passions qu’il font partager depuis de longues années, et pas qu’en France, puisque le H.R.B. se produit dans chaque pays à la recherche de formations qui jouent dans l’esprit de leurs mythiques aînés américains (Pays-Bas, Suisse ou encore Suède, un pays cher au cœur de Pierre Fournier). Et puis, cerise sur le gâteau, le H.R.B. a eu la bonne idée de matérialiser, cette année, une envie déjà ancienne d’associer à leur musique la danse swing. C’est en s’engouffrant dans ce créneau qu’ils ont croisé la route des Funky Swing Dancers, un groupe toulousain fondu de lindy hop et de charleston, composé de Laurie Mécréant, Angélique Larqué, Claude Gomis et Renaud Rebeschini. L’association de ces deux groupes, c’est de la dynamite, mais de la dynamite savamment distillée qui aura déclenché l’enthousiasme dans un auditorium déjà chauffé à blanc. Dancing at the Savoy Ballroom aura été une entame de festival des plus généreuses, faisant languir de revenir dès le lendemain…

Un lendemain qui a fait la part belle au piano avec, excusez du peu, deux spectacles enchaînés. Deux styles bien particuliers, mais deux âmes qui donnent tout via leur instrument, le piano, qui le leur rend bien. A 20h30, le Tony Kazima Trio a remis le diamant sur le sillon. Tony Kazima, c’est le piano dès l’âge de huit ans, en formation classique d’abord, et puis, très vite, un intérêt pour le boogie-woogie. Par la suite, les mondes jazz et blues lui ouvriront leurs portes. C’est avec son groupe, Duo Swing, qu’il enregistrera son premier album. Fats Waller sera pour lui une belle source d’inspiration par la suite. Il rencontre, à Paris, le pianiste Fabrice Eulry, et de leur collaboration naîtra son second album, « Tony Blues ». A Montélimar, Tony Kazima, accompagné par Cyril Billot à la contrebasse, au jeu puissant, et par un Josselin Hazard éblouissant à la batterie, a fait la démonstration d’un parcours accompli. Un jeu phénoménal des trois musiciens qui a littéralement enivré l’assistance.
A 21h45, maîtrise et maestria sont venues donner une couche supplémentaire à ce festival, en la personne de Jean-Pierre Bertrand, sans doute l’un des meilleurs pianistes français dans la catégorie « pianiste de boogie-woogie ». La carte de visite de Jean-Pierre Bertrand est suffisamment longue pour que l’on puisse se caler dans son fauteuil en attendant le meilleur. Et, bien sûr, nous n’avons pas été déçus, l’alchimie s’est bien faite. Solidement épaulé par Claude Braud, extraordinaire au sax-ténor, et par Gilles Chevaucherie à la contrebasse, une grand-mère qu’il malmène, pour notre plus grand plaisir, grâce à la technique du « slap » – il fait claquer les cordes contre le corps de l’instrument – la virtuosité de Jean-Pierre Bertrand aura emmené les spectateurs jusqu’au bout de cette nuit de samedi.

Quelques heures pour se remettre… et on remettait le couvert pour l’apothéose du dimanche, en matinée cette fois, à 15h30. Un dimanche après-midi résolument tourné vers le Joyfully Gospel. En une douzaine d’années, le Joyfully Gospel aura donné plus de cinq cents représentations, aussi enlevées les unes que les autres. Quatre musiciens, huit solistes et bien sûr des choristes (quinze ce soir-là) qui ont bâti une fois encore le corps de la réussite. Leur spectacle du jour, « Songs of Freedom », nous aura replongé un temps dans la sève même du Gospel, la prestation musicale, géniale, ayant été appuyée par une diffusion de vidéos d’hommage à ceux « qui ont donné leur vie pour la Liberté ». Les morceaux, Oh Freedom, Oh when the Saints, Oh happy days étaient là, évidemment, tous connus et reconnus, mais pas que : des chants en hommage à Mandela, à Martin Luther King et aussi à Bob Marley ont également été interprétés. Tous touchant toujours au cœur, dès lors que leurs mélodies se ravivent à nos sens.

Un final grandiose, un festival énorme qui aura, encore, comblé le public montilien amateur de jazz. De ce jazz authentique, historique qui, malgré son évolution au fil des ans et son ouverture, aujourd’hui, en direction des musiques du monde, a gardé toute sa magie intacte.

Mireille, Jacques (x 2), Francis… et tous les bénévoles de l’association « Jazz dans la Ville » l’ont bien compris. Et, pour nous le faire partager ainsi, ils méritent remerciements et respect…

Ont collaboré à cette chronique :

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