(69) RhôneAmphiOpéra

05/10/2018 – Papanosh, Roy Nathanson et Napoléon Maddox, Opéra Underground de Lyon

La vie, c’est quoi ? Vaste question. Les pessimistes diront de la sueur et des larmes. Les optimistes, dont je fais partie, un bienfait. Un sacré bordel, à nul autre pareil, un truc décoiffant, inattendu, l’adrénaline de la rencontre avec soi, et avec les autres. Si possible dans la simplicité d’approche et la complexité intellectuelle féconde. Ce sont les liens en tout genre (attention, je ne suis pas adepte de la zoophilie). Ce sont les bruits que ça fait, de l’intime à l’élocution publique. Ce sont les rapports que j’imagine les plus égalitaires possibles, les plus ouverts possibles, dénonçant la domination des uns sur les autres, rejetant les dogmes mais pas les convictions. Ce sont les doutes, les contradictions, travaillées, retravaillées. La vie, c’est aussi « une seconde vie », ou le rejet des certitudes, comme le dit si justement François Jullien dans son livre éponyme. La vie, c’est quelque chose qui passe, qui te traverse. Tu y es pour beaucoup, si possible, tu n’y es pour rien souvent. La vie, c’est une forme de conscience et de responsabilité, individuelle et collective. C’est le sens de l’histoire à créer. Mais c’est aussi une forme de légèreté, dans les histoires à se raconter.  

Pourquoi cette longue introduction ? Parce qu’il n’y a pas deux groupes comme Papanosh pour incarner la vie. Ces mecs (ce sont essentiellement des garçons) me sidèrent par leur simplicité d’accès, par leur générosité de jeu, par la vie qui les traverse. Leur musique, c’est la vie. Tu veux de l’adrénaline ? Tu peux sauter à l’élastique. Papanosh te fait le même effet. Leur musique est un moteur, surtout pas mécanique, qui fonctionne à l’huile poétique, comme fluidifiant, qui accélère, se rétracte, repart, hoquette, un corps vibrant. Devinette : quel est le pluriel d’un corps vibrant ? Réponse : Des fricheurs ! (Pouf, pouf, comme dirait Desproges). Une musique, que dis-je, une multiplicité de musiques et de rythmes. Ça pète, ça rebondit dans tous les coins, ça te soulève, tu es une pirogue sur la houle, c’est un condensé de délicatesse, toujours dans le bon goût (la substantifique moelle de la mélodie), le « savoir jouer et je vais vous le montrer » à dégommer, au profit du jeu, entre les musiciens, dans son côté enfantin.

Papanosh, s’entoure d’une équipe (les fameux vibrants défricheurs, un modèle de démocratie participative) et depuis quelques années de deux voix singulières et magnifiques du jazz, Roy Nathanson et Napoléon Maddox. Papanosh serait-il devenu le plus américain des groupes de jazz français ? Eux qui s’intéressent de près au « chez soi », « at home » et qui étaient en résidence en Ile-de-France il y a quelques temps pour travailler avec la population urbaine à cette notion subjective d’ « être chez soi », de ce que c’est que d’être d’ici, de là-bas, de nulle part peut-être. De ces échanges fructueux et humains sur l’identité, sur la maison, avec des ados, des adultes, ils en ont tiré des interrogations et une matière sonore qui fait partie intégrante de leur dernière création.

Papanosh, c’est un work-in-progress. C’est un groupe qui avance, qui creuse un sillon, sans forcément regarder en arrière, qui joue avec le cœur, et les amis, qui cherche à s’emparer du réel, qui joue autant avec la matière musicale qu’avec les mots. Bref, Papanosh, c’est la vie qui te traverse. Comme un train qui passe. Il repassera forcément par là. Je vous conseille de sauter dedans quand vous le verrez. Sinon vous passerez à côté de la vie et vous mourrez idiot. 

 

Roy Nathanson : voix et saxophones ;  Napoléon Maddox : voix ;  Aymeric Avice : trompette ( remplaçant de Quentin Ghomari) ; Raphaël Quenehen : voix et saxophones ; Sébastien Palis : piano et orgue ; Thibault Cellier : contrebasse ; Jérémie Piazza : batterie

Ont collaboré à cette chronique :

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