Ces cinq-là ne cessent de jouer ensemble alternant les leaderships, ils se connaissent et s’estiment, l’entente est certaine et il n’y a de la part de chacun d’eux aucune envie de faire valoir, juste le plaisir de se/nous surprendre, la prise de risque est celle qui leur donne cette adrénaline jouissive, il faut dire aussi qu’au Bémol 5 ils sont chez eux, le club est devenu un peu leur atelier de création.

En cette période d’indian summer les concerts de présentation de nouveaux disques vont bon train et c’est le cas ce soir, « Wide Open » est officiellement lancé ici, il est l’EP du quintet EARZ ! dont le patron est le batteur et compositeur Nicolas Serret. Avec son quintet INUA, Nicolas nous avait très fortement surpris en faisant revivre, avec des compositions originales, l’esprit de la musique de Coltrane ; avec EARZ ! il fait brillamment revivre celui des quintets historiques qui ont défini les fondamentaux du bop plus ou moins hard sur les traces de Blakey, Silver, Davis, Adderley ou encore Hubbard… Il a une fois encore l’excellente bonne idée de ne proposer presque que des compositions originales, l’entorse se fera du côté de Nirvana (les jazzeux vont aussi du côté la « pop » et c’est très naturel aussi), mais l’esprit est scrupuleusement respecté ; je ne peux me tenir de penser aux orchestres qu’Art Blakey emmenait avec lui à la fin des années 70, début 80, dans lesquels nous découvrions les frères Marsalis et autres jeunes loups devenus des solistes importants depuis et qui offraient au Maître des arrangements nouveaux, eux aussi dans le jus.

Il ne s’agit pas avec ces très solides et joyeux drilles de ce soir, d’un quelconque revival et autres nostalgies, les acquis aventureux d’un jazz parfaitement contemporain sont bien aussi de leurs inspirations. Ils mouillent tous la chemise, au propre comme au figuré, et confirment une fois encore ce que nous savions d’eux : techniciens sans faille, solistes inspirés et casses cou, accompagnateurs efficaces et boosters redoutables, leur plaisir du jeu est aussi communicatif. Les formules du genre trompette qui envoie et ténor qui brode en contrechant fonctionnent parfaitement. Le trio est redoutable on le savait. Le tandem contrebasse/batterie a toujours été lui aussi un fondamental dans la réussite d’un orchestre, avec nos deux « ardéchois », il perdure depuis quelques années déjà : la contrebasse ronfle comme un félin, gare à son coup de patte, la batterie propulse, les toms sont tous joués, les cymbales frappées ou effleurées et le jeu de mailloches est toujours un régal, l’instrument devient aussi mélodique.

En deux sets, le programme est bien construit, évolutif, amenant un peu plus d’aventure originale en une deuxième partie qui commence avec un solo de contrebasse à l’archet pour une balade langoureuse exposée au bugle et au soprano, elle devient rapidement enjouée, il y a de l’Espagne là dessous, le rythme est savant nous sommes loin du quatre temps classique, jusqu’au rappel, comme si le patron n’y pouvait plus d’attendre, Elvin Jones est revisité…

EARZ !: Julien Bertrand: trompette et bugle ; Stéphane Moutot: saxophones ténor et soprano; Etienne Deconfin: piano ; François Gallix: contrebasse ; Nicolas Serret: batterie

Ont collaboré à cette chronique :

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