(38) IsèreGrenoble-Alpes-Métropole Jazz Festival

18/10/2018 – Charlier-Sourisse-Winsberg au Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival

Salvatore Origlio est visiblement heureux de se retrouver « à la maison » dans cette salle Edmond Vigne qui a vu naître le festival en 2005. Il en profite pour dresser un pré-bilan non sans un brin de satisfaction eu égard à la fréquentation des différentes salles depuis le début de cette quatorzième édition. Et bien sûr il rappelle son ambition de rallier des salles de renom de la métropole grenobloise à ce festival pour lui donner une plus belle dimension.

Après le duo et le quartet (avec Pierre Perchaud et Claude Egéa) nos inséparables André Charlier et Benoît Sourisse s’essaient au trio avec l’excellent Louis Winsberg*.
On avait hâte de découvrir cette nouvelle alchimie.
Elle a déjà accouché d’une œuvre « Tales from Michael ». Le Michael en question n’étant pas moins que Brecker disparu trop tôt en 2007. Doit on y voir une réponse au « Tales from the Hudson », le quatrième album de M. Brecker sorti en 1996 ?
Mais il est aussi question de Don Grolnick son alter ego au clavier.

Le concert est donc très orienté « jazz-rock » tel que développé avec le génie de Michael.
Des élans, des soli à l’orgue mais surtout à la guitare. On connaît bien Louis Winsberg dans son style flamenco et on le retrouve dans ce jazz très électrique où il nage comme un requin blanc dans des eaux parfois agitées, avec cette facilité de lier chaque note pour en faire tout harmonieux avec un phrasé incomparable.

En guise de mise en oreille le set commence avec Minsk (Michael Brecker), les effluves du passé remontent à oreilles et la jouerie s’installe. On se cale sur nos chaises et on s’apprête à déguster.
Talking to myself (Don Grolnick) dans la même veine nous conforte. Une écriture sophistiquée où l’orgue est à l’honneur.
Arrive Staphangin (Brecker Brothers **) un thème plutôt énervé entre les mains du trio, la faute à André qui l’a voulu ainsi et nous offre un somptueux solo de batterie.
Never alone (Michael Brecker) indiqué comme « Slow ballad » sur la partition, il n’y a pas tromperie, une délicieuse ballade avec quelques dentelles de dialogue entre orgue et guitare et toujours cet immense sourire de ravissement sur le visage de Louis Winsberg.
Time Line un blues de Pat Metheny à l’époque compagnon de route de Michael, qui conclut ce premier set passionnant. Ici louis Winsberg se lâche et nous gratifie d’un chorus de toute beauté… Benoît Sourisse le reprend au vol et nous propulse sur des sommets. Le ton monte et le concert prend son envol histoire de nous donner un aperçu de ce qui nous attend après la pause.

Le concert reprend avec Safari de Steps Ahead le groupe mythique fondé par le vibraphoniste Mike Mainieri (fondé au départ en 1979 avec Michael Brecker, Don Grolnick, Eddie Gomez et Steve Gadd, excusez du peu !) groupe qui à l’époque faisait jeu égal avec Weather Report.
Peep, (in autre thème de Michael Brecker dont la traduction est « petit regard ») ce que nous pressentions s’avère. Ce deuxième set est plus enlevé et électrique. Ici André Charlier entame un solo avec deux baguettes dans chaque main à la manière d’un vibraphoniste … et forcément il y a plus de présence. Caisse claire et charley en main gauche, toms en main droite, jolie maîtrise.
Cost of living (dédié à l’ami Didier Lockwood) qui commence calmement à la guitare
Stella et Oops concluent ce concert sur un mode très enlevé où les chevaux sont lâchés (les décibels aussi), avec toujours un Winsberg très très à l’aise, bien servi par ses comparses.

Pour le rappel ils nous offrent un drôle de blues de Micheal Brecker Madame Toulouse avec des rythmes qui ne sont pas sans rappeler les fanfares second line, une mention spéciale ici à André Charlier pour son travail aux baguettes.

Vous l’aurez compris ce voyage dans le passé a été au delà de l’hommage. Quand on se réapproprie ainsi un répertoire c’est un véritable acte de création. Vous en aurez un aperçu en écoutant le CD « Tales from Michael » mais rien ne vaut le live et les sourires et la connivence des musiciens sur scène.

 

*: une première réunion des trois avait déjà eu lieu en 2012 avec une toute autre ambition
**: à ce sujet André Charlier nous annonce que dans quelques mois ils vont jouer ce répertoire avec Randy Brecker, un événement à ne pas manquer assurément.

Ont collaboré à cette chronique :

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