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19/10/2018-Mélissa Laveaux au RhinoJazz(s)

Née à Montréal et grandi à Ottawa, Mélissa Laveaux, si elle fait partie de la diaspora haïtienne, n’en demeure pas moins une chanteuse canadienne qui s’exprime habituellement dans un folk blues contemporain pouvant évoquer parfois, Joni Mitchell ou même Precious Bryant par la fraîcheur des interprétations, mais résolument dans le blues actuel.

Elle  s’exprime habituellement au travers de texte en anglais et en français. Pourtant dans les deux premiers albums, le créole haïtien pointe le bout de la langue. Le dernier album qui forme l’ossature du concert de ce soir est entièrement consacré à des chants de lutte, souvent à double sens, de la période de la très dure occupation d’Haïti par les Etats-Unis de 1915 à 1934. C’est le fruit d’un collectage effectué par Mélissa Laveaux lors d’un retour aux sources. Son folk blues prend alors des teintes caraïbes quand elle l’expose à des rythmiques haïtiennes où la batterie est très présente, presque trop parfois, question de dosage du volume sonore de la batterie semble-t-il.

De sa voix douce et voilée, Mélissa Laveaux égrène ses chants anciens au risque de la monotonie, qui n’est pas sans charme, des musiques traditionnelles. Les titres sont heureusement intercalés de quelques explications brèves mais suffisantes pour comprendre le propos et situer l’œuvre dans son contexte. On a d’autant plus besoin d’explication que si les musiques sont dansantes les paroles simples portent en réalité un sens politique caché. Lorsqu’on le sait on ne peut plus entendre la chanson de la même façon (Angeli-Ko, Nan Fon Bwa, Jolibwa). Quand à cela on ajoute le vaudou, on a là aussi vraiment besoin d’un minimum de décodage (Le Ma Monte Chwal Mwen, Legba Na Konsole).

C’est finalement un vrai cours d’ethnomusicologie, fort bien illustré par ailleurs, qui nous est dispensé, sans douleur, sans ennui, il n’est que d’écouter la poésie populaire des textes et de la musique pour être sous le charme.

 

Mélissa Laveaux : voix, guitare ; Martin Wangermée : batterie  ; Tristan Bres : basse

Ont collaboré à cette chronique :

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