(42) LoireRhinoJazz(s)

21/10/2018-Les Doigts de L’Homme au RhinoJazz(s)

Un concert des Doigts de l’Homme, c’est à la fois la même chose et chaque fois différent, c’est à dire qu’on s’attend à être surpris et en définitive on l’est parce que ce n’est jamais ce à quoi on s’attendait. Prenez l’introduction, là où traditionnellement, si l’on peut parler de tradition après quinze ans de carrière, là donc où le groupe démarrait le concert par un tempo ultra-rapide, il nous font le coup du “on pose les choses, on commence tranquillement, les émotions on connaît aussi”. L’émotion, elle affleure de Saint James Infirmary sur l’arrangement d’Olivier Kikteff qui sert d’introduction au concert.

On sera surpris par Ol’ Man River, arrangement de Benoît Convert sur un tempo encore très rapide et pourtant empli d’une sensibilité inspirée, puis ému par cette valse musette, Indifférence de Tony Murena, qui, après tant d’années, bouleverse encore le public au point qu’on sente l’émotion qui circule entre les auditeurs et les musiciens, l’arrangement est, là aussi, d’Olivier Kikteff. Avec Blue Skies, arrangement de Yannick Alcocer, la forte charge émotionnelle que le groupe imprime à tout ce qu’il touche est également tangible. Tous ces titres sont des reprises de l’album 1910, sorti en 2010 pour le centenaire de la naissance de Django Reinhardt. C’est le luxe des groupes, qui ont un certain nombre d’enregistrements à leur actif, de pouvoir aller picorer dans le passé pour agrémenter le présent. Le reste du concert est formé des titres du dernier album du groupe Le Cœur des Vivants. Outre le titre éponyme, émerge quelques morceaux, I See the Light, Le Vrai Tombeau des morts, Amir Across the Sea, hommage au jeune Syrien qui a rejoint la Grèce à la nage à partir de la Turquie. Mais les autres titres sont tout aussi intéressants, Là Haut, Le Vol du Colibri, Love Song

Outre l’inamovible pivot musical du groupe que forme Tanguy Blum et sa contrebasse, le groupe s’est adjoint le percussionniste Nazim Aliouche. Cette arrivée apporte une dimension nouvelle à ce jazz du monde que pratique Les Doigts de l’Homme, tout en conservant les codes du swing manouche, les musiciens en brisent le cadre relativement étroit et s’ouvrent à d’autres aventures, d’autres champs d’expérimentation, d’autres rencontres à venir. Cette ouverture d’esprit est leur marque depuis leurs débuts scéniques et ne laisse de surprendre avec bonheur le public à chaque nouveau projet.

Ont collaboré à cette chronique :

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