(42) LoireRhinoJazz(s)

22/10/2018 — Roberto Fonseca Trio au Rhino Jazz(s)

Roberto Fonseca l’avait annoncé dans une courte vidéo sur Facebook, ce concert à l’Opsis de Roche la Molière serait une grande fête à la manière cubaine, dont acte.

Ce sera une soirée pur jazz cubain, ça commence par une longue introduction au piano, le musicien les yeux au ciel cherche la connexion avec le public, la trouve, on se sent tout à coup plus léger, en communication les uns avec les autres et avec les musiciens, moment de spiritualité. Evocation de cet autre cubain, Omar Sosa, qui par un rituel chanté et fumigatoire chasse d’éventuels mauvais esprits et nous connecte par sa musique, aux autres, à l’univers. Le rituel est là différent, mais le résultat est le même, musiciens et auditeurs tendent à l’unité. Puis Roberto Fonseca nous emmène, de vieux danzon en bolero, d’electro mambo en tango cubain, de ballade en mambo, cette vieille rumba que Cachao fit swinguer. Les musiciens donnent à entendre un peu de l’histoire de la musique cubaine à l’aune du 21èmesiècle. Car le pianiste va plus loin, plus haut que ce que l’on avait entendu jusque là. Il invente des harmonies nouvelles sur Quizás, quizás, quizás, bien soutenu par un batteur hors normes, Ruly Herrera, qui multiplie les rythmes et joue le rôle d’un batteur percussionniste à l’imagination sans cesse renouvelée par les appels de son leader. Energique quand il le faut il sait aussi jouer léger avec les mailloches ou à mains nues, quand l’inspiration du pianiste le demande. Entre piano et batterie, le contrebassiste Yandy Martinez tisse de somptueuses lignes de contrebasse à la main ou à l’archet : ou à la basse électrique pour des sonorités plus adaptés au piano électrique ou au synthétiseur que le pianiste va utiliser un temps, avant de revenir au sonorités acoustiques du piano et de la contrebasse.

Dans un tel environnement, Roberto Fonseca semble se surpasser, son pianisme éblouissant rayonne d’une invention toute personnelle, d’où sa cubanité affleurante déverse une poésie toute contemporaine qui ne renie pas son histoire. On ne peut s’empêcher, en l’écoutant parcourir toute la gamme des sentiments, de penser à ce vers de José Martí poète emblématique de l’indépendance de Cuba : Echar mis versos del alma, comme lui Roberto Fonseca exprime sa poésie intime au travers de son art et projette avec ses notes de musique, hors de son piano, un peu de cette âme cubaine qui l’a construit, qui nous séduit.

Ont collaboré à cette chronique :

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