(42) LoireRhinoJazz(s)

27/10/2018 – La nuit du blues du RhinoJazz(s)

C’est la traditionnelle nuit du blues qui a cette année pour mission de conclure cette quarantième édition du RhinoJazz(s).

Pour terminer en beauté ce festival rien n’a été laissé au hasard avec un éclectique et  copieux programme blues qui va de la jeune prodige franco-nigériane Iku baignée des influences blues de ses accompagnateurs, à l’authentique bluesman américain Eric Bibb devenu citoyen du monde en intégrant à sa musique de nouvelles influences notamment africaines,  en passant par les toulousains de Awek qui depuis vingt ans se livrent passionnément à la cause du pur blues américain sur toutes les scènes européennes .


Iku

Du haut de ses dix-sept ans, Iku est la benjamine de cette édition du festival, d’origine nigériane elle nous arrive tout droit de Bretagne ou elle s’est bâti une solide réputation. Un peu intimidée elle s’avance seule sur scène pour se placer debout derrière son clavier en se lançant dans une interprétation de Freak une composition qui ouvre aussi son CD démo “Seventeen’s heart” . Tout en gardant un certain angélisme la voix prend vite de l’assurance et de l’épaisseur jouant avec des effets d’écho. Dès le deuxième morceau elle est rejointe par deux guitaristes Roll Pignault (son enseignant au conservatoire de Guingamp et que l’on avait découvert ici même en 2010, voir ici) et Gwen Roux autre virtuose de la guitare électrique. Ensemble ils se lancent dans un répertoire plus nettement teinté blues surtout quand Iku délaisse son clavier pour ne mettre en avant que la richesse et la chaleur de sa voix. Avec People get ready elle prend un tournant résolument soul  qui lui convient parfaitement ; quand les guitares se mettent à chauffer sur I’m so glad,  Iku démontre haut la main qu’elle peut aussi aborder les rivages du blues rock plus musclé. En rappel, son interprétation libérée du Miss you des Rolling Stones fait miroiter une autre facette de son talent. Pour l’avenir qu’elle continue d’explorer le blues ou qu’elle s’oriente vers des musiques plus contemporaines, il faudra de toute façon compter sur Iku pour occuper une place dans le paysage musical de demain.


Eric Bibb

Au moment précis où sort son ambitieux nouvel album “Global Griot” (Dixiefrog 2018) où se croisent une bonne quinzaine de musiciens américains, européens, jamaïcains et africains, Eric Bibb se présentent sur la scène du RhinoJazz(s) à la tête d’un nouveau quartet (tous intervenant à des degrés divers dans “Global Griot”) le guitariste suédois Staffan Astner , le bassiste Neville Malcolm et le batteur Paul Robinson.

Solidement entouré, le répertoire de la soirée puisera dans toute la riche discographie de l’artiste sur un mode plus électrique que d’habitude grâce à la présence  remarquée de Staffan Astner qui ponctue les belles mélodies d’Eric Bibb de pertinentes interventions ou soli de guitare. Alternant avec un solo a capela sur Refugee Moan, un instrumental et un morceau avec comme invitée son épouse chanteuse Ulrika Bibb avec laquelle il a enregistré cette année l’album “Pray sing love” pour célébrer leur amour, vont se succéder quelques grands classiques d’Eric Bibb comme On my way to Bamako créé avec le malien Habib Koité, Turner Station, Connected (un titre qui est de tous les concerts), With my maker I am one, Come Back Baby avec un solo très appuyé de Staffan Astner, encore suivi de With a dollar in my pocket de son album de 2017 “Migration Blues”.

Pour terminer ce sera le quasi tube Don’t ever let nobody drag your spirit down et en rappel un extrait du tout frais “Global Griot” avec le traditionnel Mole in the ground interprété dans l’album avec le chanteur jamaïcain Ken Boothe.

Un set d’une rare densité qui a comblé les spectateurs de la salle Aristide Briand venu pour entendre un authentique bluesman.


AWEK

Pour terminer la soirée ce sera d’authentiques bluesmen toulousains qui enchantent les scènes de tous les festivals depuis 1994 avec leur quartet Awek qui se compose de Bernad Sellam, voix et guitare, Joël Ferron à la basse, Olivier Trebel à la batterie et Stéphane Bertolino  aux harmonicas. Avec une dizaine d’albums publiés à ce jour,  Awek a déjà exploré  bon nombre de facettes du blues du Nord au Sud et d’Est en Ouest des USA avec une dévotion toute particulière à BB King comme le dira ce soir Bernard Sellam “on ne peut pas parler sérieusement de blues aujourd’hui sans se référer à B.B. King”.

Ce soir outre quelques classiques comme  Messing with the blues ou les reprises de B.B. King Early in the morning et un Sweet little angel  dans lequel alternent un brillant solo de guitares avec d’époustouflantes interventions d’harmonica, et bien sûr  des extraits de leurs deux précédents albums “Long Distance” ou “9” (Sunshine in my bedroom), le groupe en profite pour tester quelques nouvelles compositions prometteuses qu’ils vont se mettre à  enregistrer dès la semaine prochaine comme un Let’s rock & roll dans le plus pur style Chuck Berry  ou un Want you to be my girl bien chaud qui démontre que le groupe a encore pleins de choses à nous dire pour les prochaines années.

Un set de soixante-quinze minutes sans temps mort pour terminer en beauté une nuit du blues riche et variée comme le RhinoJazz(s) en détient le secret.

Ont collaboré à cette chronique :

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