(38) IsèreMC2

13/11/2018 – La belle nivernaise ciné-concert à la MC2 de Grenoble

En 2007, le festival « Strade del cinema » d’Aoste, commande pour sa clôture, à François Raulin, un ciné-concert. Pour ce faire, Enrique Montrosset, choisit un film muet de Jean Epstein datant de 1924 « La Belle Nivernaise ».

Commencée en 2007, l’aventure a été reprise en 2017 en Bulgarie (Varna), à Nevers et Strasbourg, et ce soir à la MC2 de Grenoble.

Pour cette reprise, François Raulin, pianiste et compositeur inventif et ouvert, a l’idée de d’associer à son trio: Bruno Chevillon contrebassiste majeur de la scène de jazz européenne et Christophe Monniot compositeur et saxophoniste original, les Grandes voix bulgares, chœur féminin reconnu dans le monde entier pour sa technique vocale gutturale.

Un grand écran au fond de la scène : à gauche le trio de musiciens, au pied : douze magnifiques femmes bulgares aux costumes multicolores traditionnels venant de toutes les régions de Bulgarie dirigées par Ilia Mahaylov, leur directeur artistique depuis 1999.

Le spectacle est total : une véritable mise en scène musicale originale mariant l’image, les voix, les instruments et les couleurs, faisant corps avec les diverses émotions qui se dégagent du film. Jean Epstein a filmé en noir et blanc, jouant du mouvement et de l’immobilité pour donner du relief, des gros plans pour l’expression des sentiments des personnages, des surimpressions, des fragmentations de plan. Du grand cinéma bien vivant.

Inspiré d’une nouvelle d’Alphonse Daudet le film raconte l’histoire de Victor, un jeune garçon abandonné, recueilli et élevé comme son fils par le patron de la péniche « La Belle Nivernaise », et dont la fille Clara tombe amoureuse. Mais un matelot rival de l’équipage, fait en sorte que Victor retrouve son père biologique et qu’il lui laisse le champs libre pour conquérir la belle. C’est sans compter sur la « bonté » de l’être humain, puisque le père biologique de Victor permet au jeune couple de se retrouver, allant même jusqu’à remplacer la péniche défectueuse du père adoptif, dont ils deviendront les parrains.

Que ce soit la douceur de la navigation fluviale, le malheur de ce petit garçon abandonné dans le froid, la colère de la femme du marin, l’amour naissant entre les jeunes gens, la jalousie du matelot, sa tentative de viol, la fermeté du père biologique, la supplique du père adoptif ou les retrouvailles joyeuses du jeune couple ; tout est relayé magnifiquement par la musique.

La musique, c’est l’osmose qui se fait entre ces voix puissantes, fines, aux tessitures multiples, le piano, la contrebasse, le saxophone et le film, faisant de l’ensemble une pièce unique, aux effets dramatiques appuyés, suggérés, denses ou légers.

Souhaitons une belle vie à cette œuvre de qualité que nous offrent ces artistes remarquables.

Ont collaboré à cette chronique :

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