(69) RhôneLe Périscope

05/12/2018 – Les Démons de la Tosca au Périscope

Au Périscope, le concert “Les Démons de la Tosca” avec Vincent Courtois au violoncelle, Robin Fincker au saxophone et Julian Sartorius à la batterie, soustrait le jazz au risque de l’idolâtrie.

Soutenu par la compagnie de l’Imprévu en Seine-Saint-Denis, que reste-t-il du livret de la Tosca de Puccini à partir duquel Vincent Courtois ouvre le projet? Que reste-t-il d’un opéra animé par les trahisons et les arbitraires du pouvoir politique ? De la voix de Maria Callas ? Ces questions n’ont pas lieu d’être au su de la musique du trio. Elles ne s’actualisent que par soumissions à l’écriture cinématographique de l’opéra. Brisant le modèle, allant même jusqu’à briser les modèles du trio en jazz, la musique improvisée fabrique son reflet, prend corps et libère son ombre.

Vincent Courtois refuse la fermeture des chemins. Il invente “un thème”, “une tonalité”, “un son”, “une ligne”, “quatre mesures” à partir de sa lecture du livret de la Tosca. L’enjeu est de jouer ce répertoire avec une formation systématiquement différente à chaque concert. Huit musiciens participent au projet. Après quatre ans le pari est tenu et l’enjeu court toujours : “l’improvisation est une musique libre, à chaque fois voir ce que l’on fait, quitte à se mettre en danger”.

Ce presque-rien d’écriture où nous a t-il mené ce soir ? Vers nul lieu pré-conquis. L’écoute est une éducation, au sens premier du mot latin, elle nous conduit au dehors du chemin déjà tracé. Le saxophoniste Robin Fincker n’occupe pas la place de soliste que nous pourrions attendre. Son jeu de notes effleurées de sons soutenus construit le vase du silence où nos pensées se délient et se relient au jeu du violoncelliste. Vincent Courtois distribue les bases mélodiques, les rythmes et les emphases, les mots et les lettres. Il est suivi ou pas par le batteur, batteur ou pas, bruitiste ou quoi ? On l’attend quand il ne vient pas, vient quand on ne l’attend plus mais ce n’est pas le temps de baisser l’écoute, l’embarcation de l’improvisation ne nous submerge pas d’éléments distincts, ils sont musiciens et ensemble tiennent le peps qui maintient en vie  les “démons de la création”.

 

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