(38) IsèreEsplanade Saint Vincent

07/12/2018 – Bakerly à l’Esplanade Saint-Vincent

Les émotions et les hommages étaient au programme de cette soirée très particulière en vérité. Joëlle et François Robin ont pendu la crémaillère le 14 février 2012 pour le premier dîner-concert à l’Esplanade Saint Vincent avec le trio Marie Joannon, J.B. Hadrot et Nicolas Courtinot https://archives.jazz-rhone-alpes.com/120220/index.htm#esv. Presque sept ans plus tard, ils raccrochent leurs vestes. Ils auront accueilli avec une bienveillance naturelle contagieuse les groupes qu’ils ont aimé et qui tenaient à faire eux aussi partie de cette aventure viennoise en musiciens déjà majeurs ou novices fougueux, parfois timides. L’esplanade avait fidélisé quelques viennois attentifs à ces vendredis “gourmands”. Les Robin recevaient tous leurs hôtes, comme à la maison, nous sommes ici dans leur autre salon et le SAV de Jazz-Rhone-Alpes.com au complet voulait être des leurs pour cette ultime étape.

Avec un aplomb affirmé, voire une parfaite insouciance, Bakerly veut redonner vie au Chet Baker de ses belles années californiennes, celles de son premier disque en chanteur désigné, “Chet Baker Sings” paru en 1956. Après un début de carrière fulgurant, trompettiste choisi par Charlie Parker pour sa tournée californienne puis par Gerry Mulligan dans son Pianoless quartet, le voilà qui vole à son tour de ses propres ailes et créé le buzz en chanteur de charme. Il n’en fallait pas plus, le play-boy est à son premier firmament suscitant quelques jalousies.  Les étapes de cette vie caricaturale, Alex Gonzales nous les redira simplement pour ponctuer ses deux sets dont le répertoire sera majoritairement puisé parmi les quatorze titres de l’original de référence. Le premier sera celui des ballades amoureuses de Chet. Alex possède de manière naturelle et pour ne pas dire providentielle la voix de son idole, même tonalité, même timbre, même vibrato, même fragilité, on pourrait s’y croire, il est beau gosse lui aussi…

Ce soir il est aussi contrebassiste et ce n’est pas si simple de mettre toute l’émotion nécessaire dans son chant lorsqu’il faut aussi assurer l’accompagnement, le contrebassiste annoncé n’étant pas de la soirée. Bien sûr il y a aussi un trompettiste, comme Chet le faisait, Mathieu Guyadère est assis, presque recroquevillé sur un tabouret tout simple, il a les jambes croisées, il embouche l’instrument. Son jeu bien qu’imprégné de la musique de Chet Baker, n’est pas cloné et finalement c’est plutôt mieux. L’esprit demeure pour quelques sonorités susurrées et vibrées mais le jeu est globalement plus staccato, les envolées visent quelques traits d’une virtuosité ou de changements de nuances qui n’étaient pas la marque de fabrique du play-boy original. Le deuxième set est un peu plus swinguant, “Chet Is Still Alive” jusqu’à My Funny Valentine évidemment, puis cet ultime morceau: François Robin en habits de cuisinier joue le piano (il nous confiera ne l’avoir jamais fait…) pour une Javanaise que nous chantons tous avec eux. Merci à vous deux et à tout bientôt…                    

BAKERLY : Alex Gonzales: voix, contrebasse ; Mathieu Guyadère: trompette; Tanguy Risset: piano; Antoine Scherrer: batterie

Ont collaboré à cette chronique :

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