(69) RhôneÇa Jazze Fort à Francheville

07/04/2018 – Jean-Philippe Fanfant Quartet pour « Ça jazze fort à Francheville »

Allons Fanfant de la batterie…

(ton jour de gloire est arrivé ! )

Comme des millions de téléspectateurs, on a souvent l’habitude de passer le samedi soir en sa compagnie. Batteur de The Voice (comme de la Nouvelle Star), il est de tous les plans (de caméra) où son large et légendaire franc sourire accompagne sa frappe voltigeuse. Dans nôtre trio de tête des superstars de la batterie avec Manu Katché et Stéphane Huchard, Jean-Philippe Fanfant est LE sideman incontournable avec à son actif près de 400 albums ! Or donc en ce samedi nous n’étions pas devant TF1 mais juste une centaine de fans réunis dans la petite salle de l’Iris où « ça Jazze Fort à Francheville » lui avait laissé carte blanche. Un retour amical pour celui qu’on avait déjà vu en 2005 à la grande époque du Fort du Bruissin aux côtés de Tania Maria. Et pour la toute première fois de son immense carrière, le célèbre batteur était le patron, présentant ici son propre quartet et quelques-unes de ses compos et reprises. Une totale découverte puisque la formule était réellement inédite, alignant il va sans dire un casting de pointures XXL. Une histoire d’amitiés aussi, puisqu’on y retrouve l’éminent bassiste martiniquais Michel Alibo (onze albums avec Sixun), spécialiste à la fois des musiques afro-caribéennes et du jazz-fusion (Dibango, Louiss, Keita, Paco Sery…), le saxophoniste et flûtiste new-yorkais Allen Hoist (Glenn Ferris Quartet) qui est aussi violoncelliste (avec Higelin au fameux Grand Rex, auquel cette soirée était dédiée) et la chanteuse-pianiste d’origine cubaine Janysett Mc Pherson, grande figure du latino-jazz et des clubs parisiens.

Fanfant(s) de la balle

Chez les Fanfant, père, oncles, frères, on aligne des flopées de grands musiciens depuis plusieurs générations. L’occasion ce soir était donnée de voir en première partie le frère aîné de Jean-Phi, Thierry Fanfant, sans doute moins médiatique que son cadet alors qu’il est lui aussi un recordman de la basse depuis des décennies avec un CV hallucinant, crédité sur quelque… 800 albums ! On a peu l’habitude d’assister à un solo de basse (là encore, sans doute une première) durant 40 mn. C’est peut-être beaucoup pour les non-initiés mais la sympathique décontraction du colosse a su emporter le morceau. Comme une sorte de master-class plutôt qu’un concert à proprement parler, l’énorme bassiste nous offre un catalogue « modes et travaux » où comment tricoter une quatre cordes pour la faire tour à tour sonner, claquer, chanter en faisant étinceler les harmoniques. « C’est une drôle de sensation que de se battre avec soi-même » avouera-t-il au détour d’un slap qui n’a rien à envier à Marcus Miller. Mais avec un particularisme ancestral qui s’appelle le wog-ka, cette rythmique traditionnelle spécifique de la Guadeloupe. « C’est ma base initiale et je l’ai toujours adaptée à tout, même quand je joue derrière Sardou ! » nous confiera-t-il en riant à l’issue de cette inhabituelle prestation.

Les îles leur donnent des ailes

Et voilà que s’installe le quartet de Jean-Phi, sa « dream team » comme il l’appelle. Un bon groove pour introduire le set et donner le ton. Alibo, toujours aussi remarquablement préçis et charpenté, un solo magistral de Hoist, et déjà le toucher fracassant du batteur dont la caisse claire est un brin trop forte en ce début de répertoire. Mais bon, c’est du Billy Cobham, ceci expliquant cela. Le groupe enchaîne sur une première compo de Jean-Phi pour le groupe Sakesho qu’il a formé par ailleurs avec Alibo et Mario Canonge, typiquement basée sur le fameux trois temps de la musique martiniquaise. Allen est à la flûte tandis que Janysett au piano prend possession du micro. Comme tout au long du concert, si l’on fermait les yeux, une chose surprend d’évidence : au chant comme au clavier, les similitudes avec Tania Maria sont bluffantes et beaucoup prendront cette cubaine niçoise pour une brésilienne. Grande musicienne, jazzwoman émancipée et puissante, elle surprend par son timbre rectiligne sans aucun vibrato. Ses origines seront plus flagrantes sur une salsa cubano reprise à Ruben Gonzalez, après une bossa funky où c’est Allen Hoist qui scatte et vocalise façon Stevie Wonder, Alibo nous faisant entendre des voix dans son fabuleux chorus.

Et Jean-Philippe Fanfant dans tout ça ? Le leader, à l’instar de son collègue Manu Katché, sait distribuer sans jamais tirer à lui la couverture. De frêle gabarit (en opposition à la stature de sumo de Thierry) il se souvient des premières répètes familiales dans le garage où il aurait aimé jouer de la basse, puis du piano, puis de la trompette, avant de se fixer plus aisément pour son physique sur la batterie. Clin d’œil nostalgique à cette enfance heureuse que nous rappelle la biguine qui suit, composée par son père, où baguettes croisées et indépendance des quatre membres donnent toute la mesure de ce difficile exercice rythmique. Quelques compos de Janysett Mc Pherson suivront, avec de belles envolées gorgées du soleil de ces îles (Guadeloupe, Martinique, Cuba, et Trinidad pour Hoist) qui leur donnent des ailes, jusqu’à un dernier titre au groove funky pour boucler la boucle. Pour le rappel, un grand « Merci » titre de Joe Zawinul plus bluesy, convoquera deux basses au sommet, Thierry Fanfant rejoignant celle de Michel Alibo.

 Inattendue, cette rencontre autour de Jean-Phi a su largement convaincre de sa pertinence et ne devrait pas rester comme un one-shot. On devrait donc réentendre parler rapidement de ce très costaud quartet et notamment avec le projet d’un premier disque. A suivre…

Ont collaboré à cette chronique :

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