(26) DrômeLe Calepin

19/01/2019 – Hommage à Michel Petrucciani au Calepin Théâtre

Michel Petrucciani, sur la planète « Jazz », c’est une référence, un nom, un talent immense, à son image pourrait-on dire, si l’on considère ce qu’il portait comme valeurs dans son cœur, ou son amour incommensurable pour la musique.

Un tribute, vingt ans après son départ – le 6 janvier 1999 – c’était bien le moins. A Montélimar, curieusement, ce n’est pas à l’Auditorium qui porte son nom qu’a eu lieu cet hommage. Mais à l’Espace Théâtral du Calepin, dont on sait maintenant que sa salle est grande ouverte aux « jazzeux », et où l’on sait aussi et surtout ce que le mot « famille » veut dire. Et en ce soir du 19 janvier 2019, Michel Petrucciani était bel et bien « en famille ».

Un tribute… ok. Et par qui ? La réponse s’imposait d’elle-même, puisque la région a la chance de compter, parmi les siens, Manhu Roche, le « batteur de toujours » de Michel – ces deux-là se connaissaient depuis l’adolescence. Sur ce projet, Manhu Roche s’est entouré, et s’est très bien entouré. A commencer par Stefano Cantini, au saxophone, lui qui, malgré son humilité, appartient à la crème saxophoniste italienne, lui qui a joué tant et tant avec Petrucciani et qui en connaît toutes les compositions… Au piano, à une place qui demandait un beau challenge – puisque la place du Maestro, bien qu’il ait commencé avec la batterie – Pierre de Bethmann. Les initiés savaient Pierre légèrement grippé, mais son jeu, juste et éblouissant, a rapidement dissipé les doutes et les microbes. A la contrebasse, il fallait un OVNI pour entrer dans cette farandole si particulière. C’est François Gallix qui tenait ces rênes-là, sa maîtrise et son talent faisant le reste… Quatre angles d’un quatuor de choc qui a fait vibrer une salle comble du Calepin, qui affiche complet sur les quatre jours de représentation.

Si, sur scène, ça « déménageait », c’était sous le regard bienveillant de Michel Petrucciani, grâce à une expo-photos de Jean-Claude Millet, ex-contrebassiste aux multiples talents et surtout un autre maillon fort de cette bande de copains. Des photos émouvantes, qui dévoilaient le caractère facétieux et aimant de Petrucciani, qui allait forger cette personnalité unique.

Ce projet, Manhu Roche le portait depuis un an. Et il a vu le jour après nombre de colères. En 2009, pour les dix ans de la mort de Petrucciani, rien ne s’est produit. Pour les quinze ans, toujours rien… Alors, pour les vingt ans, ça ne pouvait pas durer. Manhu Roche a pris son bâton de pèlerin, frappé à toutes les portes possibles et imaginables pour imposer cette aventure dont on se demande bien, avec le recul, pourquoi elle a été si difficile à accoucher. Aujourd’hui, la raison a repris ses droits, et le résultat musical est allé bien au-delà des espérances.

Tous les morceaux présentés, ce soir-là, étaient des compositions de Michel Petrucciani. Tous, sauf un, Mister P.M., composé par Manhu Roche. Oups ! J’ai dit « compositions »… Michel Petrucciani m’aurait tapé sur les doigts, lui qui disait, pour chacune de ses créations : « j’ai fait une chanson… »

Dans l’esprit de ceux qui ont connu Petrucciani, vraiment connu, avant le compositeur, avant l’interprète, c’est l’homme qui reste avant tout dans leurs cœurs. Du reste, pour eux, il n’est pas vraiment parti. Quant à son génie… on peut penser qu’il a résidé dans le fait qu’il a su, dans une musique difficile, avec des harmonies compliquées – débrouiller tel ou tel accord pendant un trajet en voiture, le quartet sait faire – donner des résultats aboutis mélodiquement très simples.

Pour un tel hommage, ces quatre-là se sont bien trouvés. Ce furent des soirées de folie, à plus d’un titre.

Michel, toi qui a dû maintenant convertir les anges, de la harpe au piano, tu peux être tranquille. Ta musique vit toujours, et elle vit très bien…

Ont collaboré à cette chronique :

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