(69) Rhône

10/01/2019 – L’Œuf Big Band au Palais de la Mutualité de Lyon

Swinging Pool (aux œufs d’or)

Quoi de mieux pour entamer l’année qu’un premier concert en compagnie de big band(s), histoire de rester encore dans l’ambiance des fêtes avec des formations qui pétillent comme du champagne. L’Œuf Big Band nous donnait donc rendez-vous ce jeudi à la salle Edouard Herriot (Palais de la Mutualité de Lyon) en conviant pour sa première partie leurs homologues du Big Band de l’Ouest, formation d’amateurs éclairés qui distille depuis douze ans la bonne humeur de son swing. Sous la direction du guitariste Nicolas Frache, les dix-huit musiciens (dont deux femmes, à la trompette et au bugle) de l’ouest lyonnais ont vite su nous mettre dans une chaleureuse ambiance en alignant quelques titres standards, de Benny Carter à Charlie Parker en passant par Duke Ellington, avant de nous surprendre par une version inattendue de l’inoxydable Hotel California des Eagles livrée ici sur un beat reggae. Plaisir assumé par tout guitariste qui attend d’y poser son fameux solo, et ça l’a fait.

La structure scénique est déjà façonnée pour inter-changer les dix-huit pupitres réglementaires avec les musiciens de l’OEuf Big Band (pour Orchestre Energique à Usage Fréquent, ndlr) la formation professionnelle fondée par le multi-instrumentiste (sax, trombone, bugle, flûte) Pierre Baldy-Moulinier, l’un des compositeurs et sympathique chef de cet orchestre « all stars » par son casting qui agrège les solistes (exclusivement masculins) les plus incontournables du milieu jazz régional. Tous très occupés par leur pluri-activité incessante au sein de leurs propres groupes et autres phalanges consanguines, les membres de l’Œuf n’avaient pas pris le temps, l’an dernier, de fêter dignement leur (déjà) quinzième anniversaire. La confection de leur succulent troisième album « Petits Plats pour Grand Ensemble » paru depuis, explique ce petit décalage et le live de ce soir constituait ainsi une première lyonnaise. Et visiblement, même plus besoin de la moindre affichette à l’entrée de la salle qui était pleine ( comme un œuf…) à la seule force des réseaux sociaux, fans et autres proches des impétrants. Le grand banquet pouvait alors commencer.

Le culinaire est frais

Car c’est bien à un menu de chefs que nous étions ce soir conviés, dans l’esprit conceptuel de cet album qui surligne les parallèles entre maîtres-queux et autres magiciens des saveurs, avec ceux qui savent si finement composer de la musique délectable avec leurs notes pour seuls ingrédients. Déboulant avec sa brigade digne d’un grand restaurant –tous sont lookés façon cuistot, sommelier, limonadier, garçon de salle ou maître d’hôtel- Baldy-Moulinier ouvre ce banquet sonore avec comme de rigueur une Mise en Embouchure où l’on savourera particulièrement le bugle de Jeff Baud puis le sax ténor d’Eric Prost. Avant un bœuf mitonné aux petits oignons servi par le clavier au son orgue Hammond de David Bressat et le banjo de Bruno Simon, le tout assaisonné par la trompette solo de Christophe Metra. Pas le temps de digérer que l’on nous servira un Filet de Sol charnu et dense arrosé de costauds solos du baryton-mayonnaise Sylvain Félix puis du trombone Olivier Destéphany. Le « plat » nous tient au ventre par la ligne de basse soutenue par Basile Mouton (heureusement pour lui, pas de méchoui à la carte…) et les volutes zappiennes du vibraphone tenu par le percussionniste Fabien Rodriguez. En forme de trou normand, Boris Pokora nous offre une Douceur du Jour qui fait resplendir le très joli son, ample et soyeux, de son sax alto. Aucun « confit d’intérêt » entre toutes ces grandes toques quand vient sur la table ces « Trois pâtes et un Canard » qui démarre justement par un léger canard (!), vite excusé tant la bonne humeur de ces agapes jazzistiques prévaut. Sans être pour autant affamé après pareil festin, le public réclamera un rappel par pure gourmandise, le big band livrant sur un plateau (de fromages) un peu de tom (de batterie) et de rock fort, concluant de manière éminemment percussive (un beau duo batterie-djembé) ce concert gastro-métronomique.

Pourtant copieux, le menu protéiforme et pour le moins protéiné présenté ce soir avait été volontairement allégé ( il y manquait les tout aussi poétiques Salade de Croches, le Velouténor au Bugle Forestier ou encore les Cuisses de Coulisses), préfigurant une création bien officielle qui sera à déguster en février 2020 au Théâtre de Bourg-en-Bresse. Et pour aller vraiment au bout du concept, on sait qu’il mettra aussi en scène cette fois un vrai chef cuisinier. De quoi nous émoustiller les papilles comme les oreilles. On savoure déjà.

 

 

[NDLR : Merci à Philippe Sassolas pour le prêt de quelques photos à l’issue de la publication de cette chronique]

Ont collaboré à cette chronique :

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