(26) DrômeJazz dans la ville

13/01/2019 – Swunky Long Legs à Montélimar

On est toujours impatients de découvrir, pour chacun des après-midi de jazz organisés par l’association « Jazz dans la Ville », leur programmation, bien sûr. Depuis sa naissance, cette association nous a fait faire de belles découvertes. De très belles, même.

Pour ce dimanche 13 janvier 2019, c’est le « Swunky Long Legs » qui a inauguré cette nouvelle année, avec une prestation musicale de haute tenue, servie par quatre amoureux du swing, du funk… et par bien d’autres influences, quatre musiciens (plutôt une chanteuse et trois musiciens) dont la complicité est le ciment. Un ciment dont ils se servent, concert après concert – et ils en ont déjà un certain nombre depuis leurs débuts – pour nous rallier, sans difficultés, à leur univers.

Originaires du département de l’Hérault, le Swunky Long Legs a sillonné l’Hexagone, du Nord (où ils débutent en 2016) au sud (Jazz à Sète, par exemple), en passant par Paris, au 38 Riv’ ou à la Chapelle des Lombards, à la Cigale où on les demande et on les redemande.

Mais d’où vient ce nom ? Nos amis anglo-saxons appellent le « faucheux » (l’araignée) « Daddy Long Legs »… mais ce nom était déjà pris. Alors, comme parfois leur style oscille entre swing et funk, la contraction était trop belle.

Swunky Long Legs, c’est d’abord une voix. Une voix rauque, ensorcelante, qui invite à bouger. Celle d’Emily Przeniczka – bon, ok, Emily ça ira très bien… Originaire d’Europe de l’Est, Emily « grandit » musicalement aux côtés d’un père musicien lui aussi (sax, clarinette…) qui la pique un jour avec une seringue bourrée de jazz Nouvelle-Orléans. L’assurance vient très vite, acquise autant sur la scène que dans la rue. Emily n’a peur de rien, s’adapte à tout, et sait le communiquer avec son public, d’où qu’il soit. Joel Forrester, le pianiste américain élève du grand Monk, l’invite à chacune de ses venues. C’est dire.

Emily n’est évidemment pas seule sur scène, malgré son statut, incontestable, de show-girl. Autour d’elle, sa garde rapprochée : Arthur Anelli d’abord, excellent à la guitare électrique manouche qui, à dix-huit ans, tombe dans la musique « Django » qui ne va plus le quitter et dont il magnifie les sonorités. Arthur a eu l’occasion de jouer en Colombie, aux côtés de Gonzalo Bergara et de Rob Hardt. Autodidacte précoce, il s’est « peaufiné » par la suite au Conservatoire de Montpellier.

Symon Savignoni est, lui, un des emblèmes du jazz manouche qu’il incarne de tout son être. Son jeu mêle puissance et finesse, avec quelques incartades dans « sa » musique corse qu’il sait faire émerger épisodiquement. Symon est tombé dans la marmite de la musique à quatre ans – juste après Mozart – et son jeu, aujourd’hui, le propulse dans nombre de festivals de la planète. Il a fait l’école ATLA de Paris où il obtient une mention en jazz manouche. Et il suffit de le voir, sur scène, pour le croire…

Entre ces deux guitares, le Swunky Long Legs dispose aussi d’un clavier. Et, derrière ce clavier, un maître. Diplômé du Conservatoire de Grenoble, Michel Crosio peut faire état d’un répertoire impressionnant. Autant comme compositeur qu’auteur ou arrangeur. De dimension internationale (il a joué avec Nina Simone ou Jimmy Cliff entre autres), Michel Crosio a enregistré à Paris, à Londres ou à Los Angeles. Double disque d’or et de platine, il compose aussi des musiques de films.

Emily, Arthur, Symon, Michel… réunissez-les tous les quatre et vous obtenez un cocktail explosif qui aura enflammé l’atmosphère, de leur première à leur dernière note. Un après-midi de feu qui, une fois de plus, sera passé comme un éclair. Mais de cet éclair sera né un arc-en-ciel, composé de quatre couleurs lumineuses qui auront baigné la salle entière, et tout son public. Et puis, cerises sur le gâteau (mais quelles cerises..) deux invités leur ont fait le plaisir de se joindre à eux, en seconde partie : Etienne Bizjak, au violon – encore un tout jeune bourré de talent – et le grand Jacques Doudelle, venu en voisin…

Un quartet à voir, ou à revoir très vite. Un merveilleux cadeau, en tous les cas en ce début 2019, de la part de « Jazz dans la Ville ».

Ont collaboré à cette chronique :

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