(26) DrômeCrest Jazz Vocal

21/09/2019 – Interview de Loïs Le Van

Face à Loïs Le Van, on s’interroge d’abord, et d’entrée on se dit : « Pas possible, ce gars-là débute ! » tant sa jeunesse s’affiche. Et puis, au fur et à mesure que son parcours se déroule sous nos yeux, on prend conscience de l’épaisseur du personnage, et de toute la richesse qui se cache derrière cette effrontée jeunesse. Loïs Le Van n’en a pas fini de grandir…

Une boulimie d’envie(s) sous un flot de talent…

Loïs, peut-on dire que tu as eu une enfance en musique ?

Non, ça n’a pas été immédiat… Je suis né à Lyon en 1984, mais ce n’est qu’à l’âge de mes dix-huit ans que je suis réellement tombé dans le monde musical. Grâce à mon père, qui avait une vraie passion pour tout ce qui était chorale ou ensemble vocal. A l’occasion de mes dix-huit ans, il m’offre un stage de chant jazz. Et je peux dire, juste dans le bon timing. A côté de ça, je venais de faire une année d’études aux États-Unis, et j’en rapportais un bel esprit d’ouverture. Ce stage, d’une semaine, tombait pile. Il a été bienveillant, nous nous sommes trouvés une bonne bande de potes, Manu Domergue entre autres, et ça a été l’occasion de découverte de plein de concerts. Du bonheur, quoi… du bonheur qui m’a donné envie de continuer..

Justement, comment est-ce que tu rebondis, après cette première expérience ?

En janvier 2002, une classe de chant jazz s’ouvre, au Conservatoire de Lyon. En plein milieu d’année scolaire, mais je pense que c’était un test, ils voulaient savoir si cela allait intéresser un nombre important de personnes. Au final, ce sont cinquante personnes qui se sont présentées, cinquante pour vingt places… Par chance, je suis dans les vingt, et j’intègre le Conservatoire pour une année. Pourtant, au bout de cette année, les profs avaient estimé que je n’avais pas le niveau. Mais, j’ai pu, malgré tout, continuer à suivre certains cours « communs » et participer à d’autres, dès lors qu’une place se libérait même temporairement… Et, du coup, j’ai arrêté la Fac.

Et puis… une rencontre..

Oui. En parallèle de tout ça, j’étais venu sur Crest, parce qu’entre le Crest Jazz Vocal et les stages de chant, c’est une longue histoire, et je rencontre Roger Letson, une sommité américaine dans ce domaine. Une rencontre qui arrivait juste après mon année de Conservatoire à Lyon. Je fais un premier stage avec Roger, en France donc, et là, il me propose de partir avec lui, pour deux ans, en Californie. Une opportunité que je ne pouvais pas laisser passer, tu imagines bien. Juste le temps de faire les papiers… et je suis parti au De Anza College, au sud de San Francisco, au Département Musique évidemment. Tu peux me croire, cela a été une expérience incroyable. Nous avions monté un groupe vocal, bien sûr, avec lequel nous avons parcouru tous les États-Unis. Parce que nous nous inscrivions dans tous les concours…. et on les gagnait tous…

C’est lui aussi qui te permet de t’exprimer en tant que pédagogue ?

Ce qui est vrai, c’est que même avant de rencontrer Roger, j’ai toujours aimé la pédagogie. Mais, côté pratique, c’est vrai que, le dernier trimestre au De Anza College, Roger m’a donné la possibilité de gérer une classe entière. Lorsque nous sommes revenus sur Crest, j’étais devenu son assistant. Çà, c’était en 2004. Mais ce côté « pédagogue » ne doit pas faire occulter mon côté « compositeur » qui est présent en moi depuis le début de mon aventure. J’ai toujours aimé composer. En musique comme en chant. Et aujourd’hui, dans le paysage musical, je ne me revendique d’aucune catégorie particulière. Simplement, ma voix est un instrument comme un autre…

Qu’est-ce qui te pousse à la création de cette « École de la Voix » ? (voir ici)

L’École de la Voix, c’est d’abord un partenariat avec le Festival de Jazz de Crest, et toute son équipe organisatrice. Tu as compris que je portais haut l’idée d’enseigner. Un jour, en parlant avec le Conseil d’Administration du Crest Jazz Vocal, je me rends compte que cette idée était aussi un rêve pour eux, et depuis longtemps. On a commencé à en parler, et puis de plus en plus sérieusement, jusqu’à acter définitivement ce projet pour lequel, au plan de la pédagogie, ils m’ont laissé absolument carte blanche. C’est un projet formidable, enthousiasmant, dont le but essentiel est de « former » des « voix-instruments ». Ça veut dire : savoir tout faire avec sa voix, et surtout, ne pas être en opposition avec les musiciens qui vont accompagner ces voix. Nous sommes tous de la même famille, après tout…

Cette école, tu la démarres quand ?

La première session, c’est là, tout proche, puisque nous démarrons le 30 septembre. Je vais commencer avec quatre vingt élèves mais, pour cette première année, je ne vais pas fonctionner par des cours individuels mais plutôt sous la forme d’ateliers. Mes élèves viennent d’un peu partout, c’est ça qui est génial. En ce qui me concerne, j’ai un état d’esprit gonflé à bloc, et je suis persuadé que, en regard de l’envie qui se manifeste, on va faire du bon boulot. Je vais pouvoir créer de nouveaux ensembles vocaux, en arrangeant les musiques comme si c’était mes propres projets… Cette école, je la veux très ouverte. Le stage va durer un an, comme toute année scolaire, mais le système évoluera, forcément. Parce que je veux donner à mes élèves l’occasion d’aller vers plus de professionnalisme…

Justement, côté projet perso, ton actu ?

L’actu, aujourd’hui, c’est notre album « Vind ». Un projet « à trois instruments » – guitare, piano et voix, dont nous avons fait la « sortie parisienne » le 19 septembre dernier au Studio de l’Ermitage. Sur ce projet, je suis accompagné par Sandrine Marchetti au piano, et par Paul Jarret à la guitare. Avec Sandrine, c’est une histoire qui dure depuis presque quinze ans déjà, et nous avons quatre projets en commun à notre actif depuis notre rencontre. Elle est sur les doigts de ma main. Avec Paul, ça fait quatre ans qu’on se connaît. On s’est trouvé beaucoup de goûts en commun, notamment notre intérêt pour la musique scandinave… J’ai donc décidé de les réunir tous les deux, sur cet album de douze titres que nous avons assemblés dans les studios de Cristal Records. Tu vois, « Vind », je le prends d’abord comme un projet très personnel, qui arrive à l’aboutissement d’un chemin… sans doute pour que je puisse m’engager dans un autre. Cet album était pour moi une évidence…

D’autres projets en préparation ?

Oui, c’est vrai, je suis toujours en recherche de nouveaux projets. Mais, déjà, il faut s’occuper des concerts avec « Vind » dont le premier sera le 4 octobre. Ensuite ?… eh bien il y a d’abord ce projet avec Emmanuel Beneche, qui est corniste,  et Alban Darche, saxophoniste et arrangeur. Le projet ? Autour d’un orchestre à vent classique, faire vivre des chansons d’amour… et côté voix, avec moi, on pourra entendre Thomas de Pourquery, Chloé Cailleton et Philippe Katerine. Ça, c’est pour bientôt.

Et puis, je travaille aussi sur un duo harpe-voix, que je monte avec Delphine Latil, une harpiste classique à la base. Sur des musiques de Daniel Goyone. Un CD est d’ailleurs en préparation.

J’ai aussi en préparation deux autres groupes, dont les noms sont encore en suspens même si les équipes sont constituées. Le premier, sur des compos perso exclusivement en français, je le monte avec Michel Molines à la contrebasse, avec Romain Baret à la guitare et Roland Merlinc à la batterie… L’autre, ce sera un groupe où je serai le seul homme parmi cinq filles ! Un projet où j’aurai la chance de travailler avec Laurence Ilous, de Bloom, ou Claudine Pauly, des Glossy Sisters…

Enfin, un projet « voix solo », où j’interpréterai des compos de plusieurs jazzmen et amis, Bruno Ruder, Sandrine Marchetti, Sylvain Rifflet, Tom Bourgeois, Estreilla Besson ou Anne Quillier.

Comme tu le vois, beaucoup de projets à mener de front, mais c’est bien comme ça que je conçois ma vie de musiciens.

Une dernière info, pour « Vind » : nous serons, le vendredi 27 septembre et le samedi 28, au Bémol 5 de Lyon. Venez vous régaler avec nous !…

Ont collaboré à cette chronique :

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