(26) DrômeJazz sur le grill

31/01/2019 – JAV Contreband + David Linx pour Jazz sur le Grill

Co-fondateur et co-directeur artistique du collectif grenoblois « La Forge », structure vouée à la création et à la recherche de nouveaux répertoires dans le champ du jazz et des musiques improvisées, Pascal Berne est aussi le chef d’orchestre de l’ensemble de jazz JAV Contreband, grand ensemble hétéroclite et iconoclaste de Jazz Action Valence. Il compose, arrange et dirige sur scène ses diverses productions écrites spécifiquement pour cette formation composée d’une rythmique classique, d’une section cuivres et de multiples anches. La spécificité de l’écriture reflète le miroir musical des différentes personnalités qui sont autant de couleurs présentées par la richesse de l’instrumentarium.

L’identité de l’orchestre, composée de près d’une trentaine de musiciens, mêle une énergie fédératrice, une légèreté exigeante, dans le partage et l’échange inhérents au bon vivre ensemble, un message de rassemblement incarnant un féroce besoin d’humanité.

Cette année avec le JAV Contreband, Pascal Berne a choisi de rendre hommage à David Bowie, extraterrestre, iconoclaste, aventurier sexuel, astronaute lointain, acteur – pop star inspiré de l’avant garde et de l’underground dont la créativité ambiguë et foisonnante, a fait de lui depuis cinq décennies une icône planétaire qui a marqué l’inconscient de générations du monde entier, accompagnant chaque étape de leurs vies de ses créations musicales ou plus largement artistiques, toutes façonnées à l’image de sa progression intérieure et de sa personnalité complexe, éclectique, minérale, épurée et toujours guidée par une grâce rebelle.

Et c’est David Linx, chanteur, compositeur et auteur belge de grand talent, qui a accepté avec enthousiasme de servir ce projet en tant qu’invité fil rouge.

On ne peut pas parler de David Linx sans évoquer l’écrivain américain James Baldwin, romancier très impliqué dans le combat pour les droits civiques des noirs américains et dont les œuvres, dès l’age de dix ans et en écho à sa propre rébellion intérieure, l’émeuvent si profondément que, abordé à l’occasion d’une lecture publique à Amsterdam, James Baldwin accepte en 1982, de recevoir David Linx alors adolescent à son domicile de Saint-Paul-de-Vence, de partager sa vie et d’endosser le rôle de père adoptif.

David Linx fera grâce à lui la connaissance de Miles Davis, qu’il cite parmi ses références pour la tenue de notes sans vibrato.

David Linx est le ”shooting star” des métropoles européennes du jazz, bourré de talent, il est à la fois parolier, compositeur et instrumentaliste. Mais c’est surtout LA voix du jazz européen, dans le droit fil du grand Kurt Elling, avec un groove profond et une technique hallucinante.

Du blues tendre aux rythmes à tout casser, de mélodies envoûtantes aux acrobaties vocales vertigineuses, David Linx est toujours à l’aise en restant extrêmement convaincant. Il est un art par lequel les frontières s’évanouissent d’elles-même, parce qu’il met en évidence leur insignifiance. David Linx est de ces artistes migrateurs qui, à tire d’ailes, emporte le mélomane loin des cages et des étiquettes.

Le chanteur belge chante-t-il dans l’idiome jazz ? A t-il suivi les chemins de la musique classique ?

Questions dérisoires face à l’envergure du talent. Un Chopin se serait probablement reconnu dans le lyrisme intense de Linx. Ella Fitzgerald la reine du scat, aurait été sensible au musicien total qu’est le vocaliste bruxellois : richesse mélodique, science de l’harmonie et grâce rythmique. Miles Davis aima probablement chez lui ce sens du silence, qui confère aux notes leur poids le plus précieux.

Avec une façon de bouger toute particulière et un sens du rythme incroyable, il s’empare du verbe, ses textes jonglent à merveille avec l’esprit du mot, la sonorité et le découpage des syllabes. Son phrasé adopte tantôt la ferme scansion du rap ou du slam, tantôt épouse la fluidité de l’eau vive.

Avec JAV Contreband derrière lui, sur le répertoire de David Bowie magistralement arrangé par Pascal Berne, le spectacle fut total ( le plaisir aussi évidemment ) agrémenté notamment par un solo d’anthologie de Géraldine Bouchet à la clarinette basse et d’un duo qui avait tout d’improvisé avec la flûtiste Emilie Llamas.

J’ai juste regretté l’intensité du volume sonore généré par la masse importante des musiciens présents sur la scène, mais pouvait-on faire mieux ?

Aller ! – 18/20.

Ont collaboré à cette chronique :

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