(69) RhôneSaint-Fons Jazz

01/02/2019 – Charlier/Sourisse/Winsberg & Randy Brecker au Saint-Fons Jazz Festival

C’est dès la fin des années 60 que Randy Brecker balise la trajectoire de son jeune frère saxophoniste Michaël dans la jungle new-yorkaise et l’embarque entre 1970 et 1973 dans l’aventure du groupe  »Dreams » avec John Abercombie à la guitare, Will Lee à la basse et Billy Cobham à la batterie pour, après un intermède chez Horace Silver se retrouver au sein des  »Brecker Brothers », avec six albums gravés entre 1975 et 1981.

Ils constituent à eux deux l’une des sections de cuivres ( trompette – saxophone ) les plus sollicitées de l’industrie discographique, avec pour exemple leur intervention sur plus de la moitié de la production discographique américaine pour la seule année 1978.

Quand à Michael Brecker tout particulièrement, on retrouve sa signature sur un peu plus de quatre cents disques comme sideman, parmi lesquels ceux de Diana Ross, Billy Joel, Franck Sinatra, Billy Cobham, Steps Ahead et j’en passe…

On peut dès lors facilement comprendre l’impact de ce mythique saxophoniste, malheureusement disparu en 2007, irradiant les années 80, sur la génération des musiciens comme André Charlier, Benoît Sourisse et Louis Winsberg qui ont grandi au son de cet artiste iconoclaste et protéiforme.

Une empreinte qui devait se traduire par un hommage matérialisé en 2018 par la sortie de l’album « Tales from Michael » accueilli très positivement.

Mais la chose n’a pas été simple : « Dans la musique, la vie passe, et il est des gens avec lesquels tout paraît évident, facile et on se dit C’est dingue ! Il faut vraiment qu’on fasse un truc ensemble »

C’est un peu cela qui s’est passé entre Louis, Benoît et André, trois personnalités du jazz hexagonal, qui sillonnent les routes européennes depuis quasi trois décennies…

« Après, on discute, on imagine, on échange, et on se dit que « le grand Michael » nous manque, et on se dit aussi qu’il n’a pas été « fêté » comme il se doit… et si on tentait quelque chose avec sa musique, qui nous a construit depuis les années 80, et qui fait partie de nous. « 

« On essaye alors de voir comment faire sonner tous ces morceaux si riches, entreprise déjà pas si facile en quintet ou sextet, mais encore moins en trio orgue / guitare / batterie… sans saxophone ! … Le travail de relevé commence alors, on choisit, on trie, on travaille, on répète et puis on joue trois jours en club pour se lancer à l’eau… »

« Et là, non seulement on se régale, mais on se rend compte d’un coup de la puissance de sa musique, au-delà même de l’immense soliste qu’il était, Michael Brecker était aussi un sacré compositeur, un « penseur » de la musique, un sculpteur de sons, de rythmes et d’harmonies. »

« La suite se passe juste après, nous rentrons en studio. On continue à trouver des idées, des matières, des rythmiques, en essayant de prendre des angles de vue différents de ceux des versions originales, tellement immuables, à priori… Et la magie opère ! Nous avons réussi à raconter, à notre manière, les « Légendes de Michael »…

(Sources : Charlier, Sourisse & Winsberg)

Randy Brecker son frère ne pouvait qu’être séduit par ce projet, d’ou sa présence ce soir avec le trio augmenté de fait en quartet, sur la scène du vingtième Saint-Fons Jazz festival qui devrait se prolonger par une tournée en quartet sur l’année 2019.

Un concert aux accents jazz rock – jazz fusion très électriques mettant en exergue le guitariste Louis Winsberg qui donna libre court à son talent et à sa créativité avec ce son étrange, mélange de Wah-wah, Fuzz et Feedback, sur des riffs musclés et des bends déchirants lors de solos sur des thèmes comme : Peep, Talking to myself, Straphangin, Madame Toulouse ou Oops soutenu par Benoît Sourisse qui mit notamment le feu à son clavier  sur Never Alone.

Le concert se termina ( tradition oblige ) par un blues complètement désarticulé précédé d’une superbe ballade The four sleepers que Louis Winsberg éxécuta sur guitare acoustique.

Quand à Randy Brecker me direz-vous ? Je l’attendais bien sûr, et n’ai nul doute sur le talent de ce trompettiste classé désormais de son vivant et à juste titre au rang de pure icône, mais je l’ai trouvé ce soir extrêmement (trop sans aucun doute) concentré sur ses partitions avec un manque manifeste ( et provisoire il va sans dire ) de préparation sur les arrangements du trio, qui l’a empêché de nous faire apprécier à son juste niveau, son sens reconnu d’improvisateur hors pair dans le monde du jazz-rock.

On attendait Brecker, on a eu Winsberg.

Louis Winsberg : guitares ; Benoît Sourisse: claviers ; André Charlier: batterie, percussions ; Randy Brecker: trompette

Ont collaboré à cette chronique :

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