(69) RhôneMusée des Confluences

23/02/2019 – Julia Sarr et Ruben Pellejero au Musée des Confluences

« Bienvenue dans la boutique des souvenirs ! » nous lance une grave voix masculine tandis que celle de Julia Sarr descend l’escalier jardin du grand auditorium du Musée des Confluences, passe devant la scène, remonte l’escalier cour, a cappella avant de rejoindre les messieurs sur scène. Ruben Pellejero est face à sa table à dessins, ses crayons et ses pinceaux. Fred Soul donne le tempo, frappant ses deux tambours. Quant à Stéphane Edouard, il trône au cœur d’un aréopage de percussions. Alors que la chanteuse rejoint son micro, un visage féminin en traits de crayon et aquarelle envahit l’écran qui occupe tout le fond de scène.

Une voix juvénile mêle aux applaudissements « Laisse-moi t’accompagner dans les lieux obscurs, te faire traverser le feu, je suis ton ange. » Fred se fait pianiste alors que des femmes de crayon dansent avec un homme « cortoïde » en accueillant la couleur plurielle du pinceau qui accompagne la voix douce de Julia. Voix qui se fait plus grave quand Stéphane s’en mêle sous les regards énigmatiques de trois profils féminins. Une voix d’archives d’un autre âge évoque l’indépendance du Sénégal et se fond dans les tréfonds du piano alors que, debout, un homme « maltésien » regarde une femme assise. Cette chanson douce se conclut avec le public sollicité pour chanter de bonne grâce quelques vers en wolof. Julia présente ses partenaires : le nouveau dessinateur de Corto Maltese, « le viking sénégalais », percussionniste et pianiste, « la noblesse de Pondichéry » du percussionniste. Pendant un solo de Stéphane démarré en douceur et conclu en puissance, les couleurs se côtoient, se mélangent, emplissent l’écran, laissent apparaître de sombres silhouettes.

La voix de Julia reprend le pouvoir alors qu’un lion semble retenu par une femme. Le rythme s’emballe, les lumières s’affolent, la voix s’amplifie sous de chatoyants regards  féminin et enfantins. Fred retrouve sa place initiale, deux profils se font volte-face, Ruben retournant son ouvrage, la chanson est apaisée. Retour du piano, montée en puissance de la voix et des percussions, retour au calme sous une silhouette qui nous fait face, plein écran. Deux profils se regardent, piano et voix se posent en toute sérénité. Main dans la main, deux femmes dansent leur immobilité colorée sur un rythme enjoué. Une femme assise devant sa fenêtre ouverte semble écouter avec nous la « chanson romantique » annoncée via l’incontournable carton de Julia (tout comme sa chaise enguirlandée…). 

« Cela fait longtemps que mes larmes ne coulent plus. Je préfère qu’elles restent sur mon cœur… » reprend la voix grave venue d’ailleurs. Le piano introduit une chanson kaléidoscopique sous un visage féminin qui verse une larme à laquelle semblent répondre des gouttes de pluie. Julia convainc le public de sa capacité à choisir sa voix parmi les trois proposées : mélodie médium, soprano, ténor. Avant de conclure ce concert dessiné, la chanteuse se livre à la « minute Drucker » des remerciements. Elle les poursuit en incluant le nom des musiciens, dessinateur et ingénieur du son dans les paroles de cette quatorzième chanson interprétée sous une somptueuse image de femme, bras étendus face à l’océan et des mouettes, si chères à Hugo Pratt… Une standing-ovation répond au salut des artistes qui  ont su ravir vue et ouïe ! 

En écho à l’exposition « Hugo Pratt, lignes d’horizons » (jusqu’au 24 mars), en partenariat avec les festivals Jazz à Vienne et B.D. d’Angoulême, cette soirée, plus encore que d’autres,  confirme que Confluences fait sens ! 

Ont collaboré à cette chronique :

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